Sédentaires et Nomades dans le Levant Sud de Byzance aux Croisades : Dynamique du peuplement et Expression artistique

Fort de Qatrana sur le Dharb al-Hadj, le chemin du pèlerinage à La Mecque, construit au XVIe siècle sous le règne du Sultan Soliman le Magnifique (Photo C. Dauphin)

Coordonnées de al-Karak au centre de la zone la plus densément peuplée à l’époque byzantine : 31°10’38.51"N / 35°42’37.91" E

Responsables : Claudine Dauphin (UMR 8167 - équipe Monde byzantin) et Mohamed Ben Jeddou (Chercheur invité et associé, UMR 8167 - équipe Monde byzantin)

Équipe  : Jean-Marie Castex, professeur d’Histoire et Géographie honoraire ; Basema Hamarneh, sources arabes anciennes et modernes, archéologie et art byzantins (Université de Bergamo, Italie) ; Mark Merrony, Mosaïques byzantines (Musée d’Art Classique de Mougins, France)

La Palestine Troisième à l'est du Ghôr (© M. Ben Jeddou, C. Dauphin, J.-M. Castex)

Poursuivant avant les accords de paix entre Israël et la Jordanie ses recherches dans les archives archéologiques israéliennes pour son ouvrage La Palestine byzantine : Peuplement et Populations, Vols I-III, BAR International Series S726, Archaeopress, Oxford, 1998) qui avait inauguré une nouvelle discipline – la démographie archéologique -, pour des raisons politiques évidentes C. Dauphin n’avait pas eu accès aux données concernant la partie en territoire jordanien de la Palestine Troisième de l’administration byzantine avec Pétra comme capitale,couvrant un polygone irrégulier qui s’étendait d’Aqaba (l’ancienne Aila) au sud, à Ma’an à l’est, à al-Karak au nord-est et à Deir al-Balah-Raphia au nord-ouest – zone historiquement limitrophe entre le pays des sédentaires et le désert des nomades. Parallèlement s’était développée l’application à l’archéologie du Système d‟Information Géographique (SIG), méthode d’enregistrement, d’organisation et de gestion de données.

Afin de combler cette lacune en suivant les fluctuations démographiques de la côte palestinienne aux étendues désertiques du Sud palestinien et jordanien, zone d’infiltration arabe dès avant la Conquête musulmane (636 ap. J.-C.), un projet pilote (2007-2008) se concentra sur deux sous-régions de Palestine III dans le désert du Négev (Arad, au sud-est de la Mer morte, et Mizpé Ramon au Négev central) à une époque charnière, de la fin de l’époque byzantine à l’avènement des Abbassides en 750 ap. J.-C. Le cadre chronologique de notre projet a alors été élargi de l’époque byzantine à la victoire de Saladin (1137-1193) sur les Croisés à la bataille de Hattin (4 juillet 1187) qui précipita l’effondrement du Royaume latin de Jérusalem. Une base de données de 1.099 sites archéologiques byzantins et arabes à l’ouest de la dépression du Jourdain (le Ghôr) fut créée par M. Ben Jeddou à partir du catalogue de l’ouvrage de Dauphin, La Palestine byzantine (Vol. III), mis à jour grâce aux données des publications du Negev Emergency Survey et aux résultats de fouilles récentes, augmentés des sites arabes glanés dans les Archives archéologiques du Gouvernement mandataire de Palestine (1919-1948), de l’État d’Israël et du Negev Emergency Survey.

Le Projet « Sédentaires et nomades en Palestine Troisième de Byzance à Saladin : la dynamique du peuplement à la lumière d’un Système d’Information géographique (SIG) » pour la zone à l’est du Ghôr (correspondant à la Jordanie méridionale) débuta par la collecte en janvier-mars 2008 de tous les sites byzantins (330-636), islamiques (636-661), omeyyades (661-750), abbassides (750-1258), fatimides (969-1171), croisés (1099-1291), ayyoubides (1171-1291), et mamelouks (1250-1517) dans la base de données informatisées JADIS (Jordanian Archaeological Database and Information System) du Service des Antiquités de Jordanie, avec un permis officiel de ce Service obtenu grâce à l’intervention du Council for British Research in the Levant (CBRL), Amman (Dauphin est Professeur honoraire d’Archéologie et de Théologie à l’University of Wales, Trinity Saint David, Lampeter).

Distance pondérée des établisements archéologiques par rapport aux sources (© M. Ben Jeddou, C. Dauphin, J.-M. Castex)
Après une interruption de deux ans (2008-2010) due à l’absence de financement, le traitement des données reprit en décembre 2010 grâce au soutien financier du Musée d’Art Classique de Mougins, fondation britannique privée dans le Midi de la France. En particulier, cinq cartes chrono-spatiales furent générées, montrant les changements dans le nombre et la répartition des sites. Nombre total de sites : 517 ; sites byzantins : 420, avec une forte concentration sur les sols fertiles de la région d’al-Karak, le siège épiscopal byzantin de Characmoba qui figure sur la Carte de mosaïque de Madaba (VIe siècle), carrefour des axes commerciaux nord-sud (la route des Rois) et est-ouest (reliant Wadi Karak à la Mer Morte) ; sites islamiques : 134 ; sites omeyyades, abassides et fatimides : 59, dont la répartition, moins serrée, tend vers le sud et le désert ; sites croisés, ayoubides et mamelouks : 135, caractérisés à nouveau par une forte densité dans l’arrière-pays du Krak des Moabites, le château croisé de Karak érigé en 1142-1161.
Dans le contexte d’un SIG, notre base de données archéologiques est jumelée avec une base de données environnementales à laquelle a grandement contribué le géographe Jean-Marie Castex, comprenant un modèle numérique de Terrain (MNT) et ses différentes couches dérivées (Pentes, Expositions, …), ainsi que d’autres composantes spatiales : géologie, pédologie, hydrographie et voirie antique. Des analyses statistiques (calculs de densités, de distribution), ainsi que d’autres analyses spatiales traduisant le rapport entre Homme/espace (répartition des sites par rapport aux altitudes, au potentiel agrologique ; visibilité ; distance au réseau hydrograpique, aux sources, et aux voies antiques) ont d’ores et déjà été menées. Trois facteurs ont été mis en lumière : la route, l’eau, et le potentiel agrologique.

L’intérêt de la principale source de financement, le Musée d’Art Classique de Mougins, pour l’interaction culturelle entre les deux modes de vie, sédentaire et nomade, a justifié l’élargissement de la zone géographique étudiée dans le projet initial, afin d‟englober le « triangle d’or » artistique et religieux Madaba - Mont Nébo - Umm al- Rasas.

Le « Projet Palestine III » s‟intitule désormais « Sédentaires et nomades dans le Levant sud de Byzance aux croisades : dynamique du peuplement et expression artistique », la zone étudiée couvrant le Bilad al-Sham (en arabe, « Pays du Sud »). Une mission à Amman du 20 octobre au 10 décembre 2011 a permis l’enregistrement des sites situés dans les extensions nord et est de notre zone d’origine répertoriés dans la base de données JADIS, augmentant considérablement notre base de données archéologiques.

Financement : UMR 8167 – Monde byzantin ; Musée d’Art Classique de Mougins.

Affiliations, outre l’UMR 8167 – Monde byzantin, les Departments of Archaeology and Theology, University of Wales, Trinity Saint David, Lampeter, et Council for British Research in the Levant (CBRL), Amman.

Publications  :
Ben Jeddou, M., Castex, J.-M. et Dauphin, C., « Sédentaires et nomades dans le Sud jordanien de Byzance aux Croisades (IVe-XIIe siècles) », SIG 2011. Colloque francophone Esri, 5-6 octobre 2011, Versailles
(article online : http://www.esrifrance.fr/sig2011/archeo%20(2).asp).

Dauphin, C. et Ben Jeddou, M., « D’une provincia byzantine à un jund abbasside : la dynamique du peuplement de la Palestine à la lumière de nouveaux outils de recherche (Système d’Information Géographique) ». Proche-Orient Chrétien 59, Fasc. 1-2 : 7-51.

Dauphin, C. et Ben Jeddou, M. « Agriculturalists and Nomads in Palaestina Tertia from Byzantium to Saladin : A Geographical Information Systems (GIS) Study », dans « Archaeology of Jordan », American Journal of Archaeology (à paraître juillet 2012).