Les programmes de recherche de l’équipe

L’équipe Mondes pharaoniques de l’UMR 8167 réunit 23 membres statutaires, enseignants chercheurs (professeurs et maîtres de conférences – Université Paris-Sorbonne Paris-IV), chercheurs du CNRS (DR, CR et IR), chercheurs du musée du Louvre (conservateurs et chargés d’étude) et ingénieurs et techniciens (CNRS et Université Paris-Sorbonne Paris-IV).

Ses membres collaborent à de nombreux programmes en partenariat avec des organismes français (universités, CNRS) et étrangers (notamment, en Égypte, le CSA, le CFEETK, l’IFAO et au Soudan, la NCAM et la SFDAS). Ses axes de recherches combinent à chaque fois les études documentaires (recherche et publication de matériel conservé dans différentes collections comme celle du musée du Louvre, partenaire privilégié de la composante) et l’apport de nouvelles données fournies par les 12 chantiers archéologiques au sein desquels notre unité joue un rôle prépondérant (direction ou codirection de projets, partenariat scientifique de premier plan).

1. Construction et évolutions de paysages religieux complexes

L’État égyptien peut être considéré comme une théocratie : l’étude de la religion égyptienne, notamment à travers son emprise territoriale permet non seulement d’éclairer des aspects culturels et religieux fondamentaux, mais aussi de mieux comprendre l’organisation de l’espace et la construction de paysages autour de temples et des nécropoles, dans la Vallée du Nil et au-delà.
Cet axe de recherche structurant s’appuie à la fois sur des sites où l’engagement de l’équipe est ancien (Karnak, Dendera, Saqqara), mais aussi sur l’ouverture de nouveaux terrains d’envergure (Médamoud, Tanis, Sedeinga, nécropoles privées de Haute et Moyenne Egypte), en dialogue avec les autres équipes de l’UMR et des institutions comme l’Institut français d’archéologie orientale, le Centre Franco Egyptien d’Etudes des Temples de Karnak ou encore la Section française de la Direction de l’archéologie au Soudan.
L’étude de la religion et de la construction et de l’évolution de ces paysages religieux doit permettre de mettre en valeur l’un des pans constitutif de l’Etat et de la civilisation égyptienne, à travers ses temples et ses nécropoles, dont l’emprise culturelle, économique et sociale dépasse la seule question religieuse.

1.1. Temples, clergé et villes

De grands chantiers récemment relancés, comme celui autour des chapelles osiriennes de Karnak ou du temple de Médamoud dans la région thébaine permettent d’étudier des temples et tombes dans leur inscription dans un tissu urbain et régional. La constitution d’un paysage religieux passe également par la réception et l’usage des tombes anciennes et des monuments religieux dans la communauté comme doivent permettre de le mettre en évidence le programme sur les inscriptions de visiteurs dans les nécropoles privées par exemple. Le temple de Tiyi à Sédeinga au Soudan permet également de mesurer l’emploi de l’architecture religieuse par le pouvoir royal pour s’approprier un territoire étranger et en changer la nature.

1.2. Pratiques religieuses et rituelles

Les études épigraphiques et iconographiques en cours permettent d’étudier l’évolution des cultes au sein des édifices religieux et funéraires, à travers différents projets, comme l’étude de la religion funéraire royale dans les complexes funéraires royaux et privés de Saqqara pour l’Ancien Empire et de Tanis pour la Troisième Période intermédiaire, un programme sur le calendrier des fêtes religieuses égyptiennes ou encore sur la religion des scribes. L’iconographie et l’épigraphie des temples, mais aussi des tombes royales, relèvent en effet d’un discours religieux mais aussi politique, qui participe de la construction et de la réflexion sur le pouvoir royal, et à terme, de sa légitimation. Le discours des monuments funéraires privés s’inscrit également dans l’espace politique, en négociant une place pour le défunt et son réseau dans la mémoire sociale et la communauté.

2. Marges, frontières, réseau d’échanges multipolaires

Du golfe de Suez au Soudan, l’exploration des déserts, zones de marge et zones frontalières restera au coeur des recherches de notre équipe, dont l’expertise est reconnue sur ces terrains depuis de nombreuses années. Outre la poursuite de la réflexion sur le concept de frontière et son évolution (grâce notamment à l’analyse du lexique et de la toponymie), l’accent sera mis sur les problématiques du statut et de l’insertion de ces espaces au sein des réseaux économiques et des réseaux d’échange.

2.1 Organisation des expéditions et navigation maritime : de la mer Rouge à la Méditerranée

Le « navigational landscape » de l’Égypte antique a longtemps été considéré comme presque exclusivement tourné vers le Nil. Depuis une quinzaine d’années, les travaux de notre équipe en mer Rouge, que ce soit dans le Sud-Sinaï ou dans les ports de Ouadi el Jarf et Ayn Soukhna ont significativement contribué à réévaluer l’investissement des Égyptiens en mer depuis les époques les plus anciennes. Il s’agira de poursuivre la collecte de données nouvelles sur les circulations maritimes durant l’Ancien et le Moyen Empire, ainsi que sur la logistique des expéditions égyptiennes depuis la vallée. Sur la façade méditerranéenne, cette fois ci pour les époques plus tardives (à partir du Nouvel Empire), les données des chantiers de notre équipe (Tell el Herr, Tell Héboua), ou auxquels plusieurs membres de notre équipent participent (Tanis, Alexandrie, Plinthine), contribuent à redéfinir la place de l’Égypte au sein des réseaux d’échange de la Méditerranée orientale, mais aussi à déterminer les moyens mis en oeuvre par le pouvoir central pour contrôler les flux de biens et de personnes, entre nécessité des échanges et soucis de sécurisation et de délimitation du territoire égyptien.

2.2 Le Soudan : un pôle majeur au sein du réseau régional

L’une des spécificités de notre équipe est le développement de la recherche sur le Soudan ancien, en particulier grâce au chantier phare de Kerma Doukki Gel. Tour à tour acteur politique indépendant (cultures Kerma, royaumes de Napata et de Méroë) ou territoire dominé par le voisin égyptien (en particulier au Nouvel Empire), le Soudan avait une importance stratégique et économique essentielle comme interface entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne, et fournisseur de matières rares et demandées (en particulier l’or). Il s’agira de poursuivre l’analyse des structures étatiques et économiques durant les phases d’indépendance, en évaluant notamment l’impact économique et culturel des échanges avec les acteurs voisins, ainsi que d’examiner les moyens mis en oeuvre par les Égyptiens au Nouvel Empire pour dominer et exploiter ce territoire conquis par la force militaire, mais dont la gestion reposait aussi largement sur l’implication des pouvoirs locaux.

3. Etat, sociétés et cultures dans la vallée du Nil

L’équipe a historiquement développé des thématiques de recherches liées aux institutions égyptiennes sur la longue durée, puisque leur développement accompagne étroitement celui de l’État et de la société égyptienne. Elle souhaite les poursuivre en leur donnant un nouvel élan, à travers un élargissement aux questions sociales et culturelles et par des travaux qui intègrent des approches comparatistes, notamment d’ordre anthropologique.

3.1. L’État et ses moyens d’action

Plusieurs chercheurs et enseignants-chercheurs travaillent directement sur les institutions égyptiennes : la monarchie pharaonique, ses administrations centrales ou locales et leurs personnels. Une base de données (Prosopographie de l’Égypte ancienne) est en cours de réalisation pour la période du Moyen Empire (2060 -1650 av. J.C.) tandis que des études de cas sont menées pour d’autres époques (notamment pour le premier millénaire). Il s’agit dans tous les cas de mieux comprendre les différents niveaux de l’administration, leurs interactions et leur retentissement dans catégorisation sociale. Un autre pan de la recherche s’intéresse au niveau local de l’administration, et, au delà de la simple étude prosopographique, tente d’étudier les liens mouvants entre administrations centrales et structures locales. L’accroche territoriale et les évolutions sur la longue durée de ces dernières, reflétées dans l’évolution des maillages territoriaux (que la toponymie permet aussi de percevoir) peuvent ainsi être étudiés durant les différentes phases de l’histoire égyptienne, permettant de relativiser les notions de centralisation et d’éclatement.

3.2. Auto-représentation et hiérarchies sociales

Les personnels administratifs de l’État et des temples sont installés par l’idéologie royale au centre de la société égyptienne, permettant à l’historien de questionner les rapports entre la place que leur attribue cette idéologie, leur contribution à cette dernière et la place qu’eux mêmes se donnent. Le programme Culture des scribes et pratiques de l’écriture vise à mettre en évidence les pratiques culturelles propres aux administrateurs intermédiaires de l’État égyptien à travers l’étude de leur auto représentation dans la littérature, les sources historiques et leur propre production en épigraphie secondaire (graffiti). Enfin, si notre connaissance de la société égyptienne est largement tributaire de la documentation officielle, prompte à mettre en exergue les rouages de la monarchie pharaonique, les autres sources permettent d’appréhender sa grande diversité, à travers des études menées sur ces strates cachées de la société et leurs interactions.