Qalhât (Sharqiya, Oman)

Directrice de fouilles : Axelle Rougeulle


Mise à jour : 10 mai 2016

Participants
H. al-Lawati, S. al-Bakri, M. al-Waili, Kh. al-Amri (gestion, Ministry of Heritage and Culture, Oman)N. al-Arimi, F. al-Bahlooli (fouille, Ministry of Heritage and Culture, Oman)
H. Renel (étude du matériel, CNRS UMR 8167)
V. Bernard (étude architecturale, relevés, dessins)
Th. Creissen (fouilles QP, gestion Eveha International)
J. André, G. Augier, M. Dartus, D. Etienne, C. Gosset, N. Guilbert, J. Janky, F. Lesguer, S. Es-Safi, R. Schwerdtner, R. Seguier, A. Vernet (fouilles QDP, Eveha International)
V. Ferbourg, P. Gaubert , A. Ihr, A. Joyard, S. Le Maguer (fouilles QP)
A. Peruzzeto, V. Bernard, Ch. Sadozai, T. Schebat, P. Blanchard (QDP conservation, World Monuments Fund)
E. Régagnon, O. Barge (Projet cartographique, CNRS UMR5133)
Y. Ubelmann, Ph. Bartélémy (Projet cartographique, Iconem)
H. Monchot (archéozoologie, CNRS UMR8167 – MNHN – Labex ResMed)
M. Tengberg, V. Dabrowski, J. Ros (archéobotanique, CNRS UMR7209 - MNHN)
Ph. Béarez, A. Marrast (ichtyologie, CNRS UMR7209 - MNHN)
B. Zhao (étude des importations extrême-orientales, CNRS UMR8155)
Ph. Colomban, G. Simsek, L. Gianni (études physico-chimiques des céramiques, UPMC - Labex MiChem)

Institutions partenaires

  • Ministère du Patrimoine et de la Culture du Sultanat d’Oman, Direction Générale de l’Archéologie et des Musées, Mascate (QP/QDP)
  • Ministère des Affaires Etrangères – DGM, Paris (QP)
  • CNRS UMR8167 Orient & Méditerranée, équipe Islam Médiéval, Paris (QP/QDP)
  • CNRS UMR5133 Archéorient, Lyon (QP/QDP - Projet cartographique)
  • CNRS UMR7209 - MNHN, Paris (archéobotanique, archéozoologie, ichtyologie)
  • CNRS UMR8155 CRCAO, Paris (étude des importations extrême-orientales)
  • CNRS UMR8233 MONARIS, Pole Nanomatériaux - UPMC Labex MiChem, Paris (études physico-chimiques des céramiques)
  • Eveha International, Limoges (QDP – volet fouille)
  • World Monuments Fund, New York (QDP – volet conservation)
  • Iconem, Paris (Projet cartographique, restitution photogrammétrique 3D)

Présentation

Qalhât est l’un des sites archéologiques les plus importants du Sultanat d’Oman, un port médiéval situé à environ 50km au nord du Ra’s al-Hadd, pointe extrême de la péninsule arabique, près de la ville de Sûr. C’est aujourd’hui un vaste champ de ruines d’environ 35ha où aucun bâtiment n’est plus visible à l’exception du mausolée dit de Bîbî Maryam, tout ce qui reste d’une grande ville fortifiée abandonnée depuis le XVIe siècle.


Le site n’avait jamais été étudié à l’exception de quelques prospections et d’une unique campagne de fouille en 2003, et les informations sur Qalhât provenaient pour l’essentiel de quelques sources textuelles : une possible fondation au début de l’ère chrétienne, sinon vers 1100 ; un lien politique et économique très fort avec le royaume d’Hormuz ; un essor important de la ville et de ses activités portuaires, notamment avec l’Inde, aux XIIIe-XVe siècles ; la construction d’une enceinte en 1218 ; une grande mosquée richement décorée érigée par Bîbî Maryam, femme d’Ayâz le gouverneur de la ville pour le royaume d’Hormuz au tournant du XIIIe siècle ; un déclin au XVe siècle au profit de Mascate ; un possible tremblement de terre ; le sac de la ville et la destruction de la mosquée par les Portugais en 1508 ; enfin l’abandon définitif dans la seconde moitié du XVIe siècle. La politique actuelle du gouvernement omanais de mise en valeur de son patrimoine et de développement du tourisme culturel, a finalement conduit le Ministère du Patrimoine et de la Culture (MHC) omanais à lancer un vaste projet d’étude et de développement du site, en collaboration avec divers spécialistes du CNRS (dir. A. Rougeulle, UMR8167). Les cinq premières campagnes de fouilles du Qalhât Project (QP, 2008-2012), menées dans le cadre des projets de la Commission consultative des fouilles du Ministère des Affaires Etrangères (DGM), ont apporté de nombreuses informations sur l’histoire et l’organisation spatiale de la ville. En conséquence le MHC a lancé en 2013, parallèlement à la poursuite du QP, un nouveau projet quinquennal, ayant pour objectif final la création d’un parc archéologique sur le site. Réalisé sous la direction scientifique d’A Rougeulle, le Qalhât Development Project est entièrement financé par l’Oman. Alors que le QP a pour objet d’étendre les recherches et de compléter notre connaissance du site dans son ensemble, l’objectif du QDP est de fouiller extensivement certains des bâtiments les plus importants déjà découverts, puis de les consolider afin de les rendre accessibles au public dans le cadre du parc archéologique. Il comporte donc un volet fouilles, réalisé par le CNRS et l’agence de fouilles préventives Eveha International, un volet conservation, réalisé par le World Monuments Fund, une association à but non lucratif basée à New York, et un volet développement, qui n’a pas encore été lancé. Un programme de cartographie et imagerie 3D du site et des bâtiments fouillés a également été mis en œuvre en collaboration avec l’agence Iconem. Enfin, le MHC est actuellement en train de préparer un dossier de demande d’inscription du site sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les recherches menées jusqu’à présent (2008-2016) ont permis de mettre en évidence les principales étapes de l’évolution du site. Aucune trace d’occupation préislamique ni même islamique ancienne n’a été mise en évidence et la ville ne semble pas remonter au-delà de 1100, ce qui confirme les notations de Yaqût et Turan Shah selon lesquelles Qalhât aurait été fondée vers 500 de l’Hégire par une migration yéménite en route pour l’Iran où elle aurait ensuite établi le royaume d’Hormuz. L’établissement paraît avoir été assez réduit aux XIIe-XIIIe siècles, limité au secteur situé au bord de la plage. De fait, un site islamique ancien a été identifié sur le Ra’s al-Hadd, qui a livré une grande quantité d’importations des Xe-XIIe siècles. Il est donc probable que Qalhât a succédé à ce port en tant que centre du commerce international, vers le milieu du XIIe siècle probablement. Les murailles sont construites au début du XIIIe siècle, sans doute vers 1217/18 comme l’a noté Ibn al-Mujâwir. Elles englobent un espace beaucoup plus vaste que la zone urbanisée qui reste semble-t-il concentrée en bordure du rivage, un habitat dense irrigué par un réseau de rue et de ruelles, certainement centré sur une mosquée. Associée au royaume d’Hormuz, la ville connait un essor considérable à partir de la fin du XIIIe siècle, et notamment sous le règne d’Ayâz et de Bîbî Maryam. Le centre de l’agglomération ancienne, y compris la mosquée, est alors entièrement rasé pour établir un grand complexe architectural comprenant un grand bâtiment de fonction encore indéterminée et une nouvelle grande mosquée : c’est un bâtiment impressionnant et richement décoré, avec des carreaux vernissés importés de Kashan en Iran, édifié sur un haut soubassement dominant la mer et associé à des cours et des bâtiments annexes. Les quartiers périphériques sont établis à ce moment, avec des ateliers d’artisans, des magasins et des maisons, parfois très vastes, alignés le long de rues ou organisés autour de placettes. L’extension maximale de la ville date des XIVe-XVe siècles, également la période d’apogée du port comme l’indiquent les nombreuses importations iraniennes, indiennes et extrême-orientales de cette époque. Le déclin de Qalhât commence dès la seconde moitié du XVe siècle et la réalité du tremblement de terre mentionné dans certains textes semble établie. Nombre de structures des quartiers périphériques sont alors détruites, certaines reconstruites et d’autres définitivement abandonnées. Même si les destructions provoquées par les Portugais en 1508 furent probablement moins sévères que ne le raconte d’Albuquerque, il est probable que la ville fut en grande partie abandonnée après cette date. Toutefois, certains bâtiment sont occupés jusqu’à la seconde moitié du XVIe siècle et le port connait toujours une certaine activité dans le commerce international, associé cette fois aux réseaux lusitaniens comme l’indique le style des porcelaines de cette époque.
L’étude cartographique a révélé les grandes lignes de l’organisation spatiale de la ville ; associée à l’analyse de surface actuellement en cours elle permet de dessiner le plan détaillé de l’agglomération aux XIV-XVe siècles. Les fouilles et sondages du QP ont mis en lumière la fonction et l’évolution des divers quartiers et de nombreux bâtiments, administratifs, religieux, funéraires, artisanaux et domestiques. Les zones funéraires, le système défensif et l’approvisionnement en eau ont été étudiés. Les fouilles extensives du QDP ont permis de dégager entièrement la porte occidentale la ville et une partie de la muraille, le complexe de la grande mosquée, plusieurs mosquées secondaires, des terrasses funéraires et des petits mausolées, des habitats, un magasin, un hammam, un atelier de bijoutier et un atelier céramique, qui fournissent des informations exceptionnelles sur la vie quotidiennes et les techniques dans l’Oman médiéval. Les travaux à la grande mosquée notamment, un bâtiment remarquable et extrêmement complexe, daté des environs de 1300, ont permis de mettre en lumière les techniques et les diverses influences architecturales à l’œuvre dans cette ville cosmopolite. Enfin, l’analyse du matériel et notamment de la céramique, locale et importée, a permis d’établir une chrono-typologie des productions locales et de dessiner la grande diversité des réseaux d’échange du port, régionaux et internationaux, avec Hormuz, l’Iran et l’Inde surtout, mais également avec le Yémen, la Chine, la Thailande, la Birmanie et le Vietnam.
Les importants moyens mis en œuvre par les autorités omanaises dans le cadre du QDP auront permis l’acquisition d’une grande quantité de données sur l’histoire de l’Oman et des réseaux d’échanges de l’océan Indien au Moyen Age, données actuellement en cours de publication ou d’étude.Les fouilles du QDP devraient s’achever en 2018 et le volet conservation peu après. Les travaux de mise en valeur du site (route d’accès, parking, centre d’accueil, valorisation, signalisation) devraient être terminés vers la même époque, permettant l’ouverture du parc archéologique aux alentours de 2020. Associé aux autres projets de développement prévus dans la région (hôtellerie, aéroport du Ra’s al-Hadd, musée de l’histoire maritime de l’Oman à Sûr …), le parc archéologique de Qalhât devraient participer activement au développement économique et culturel de la province de la Sharqiyah sud, et de l’Oman en général.



Publications

  • Barge O., Régagnon E. 2011." Un SIG pour 35 hectares de ruines". SAGEO 2011, Actes Avignon. http://www.geo.univ-avignon.fr/PublicationsEnLigne/SAGEO2011-Papier_BargeO-RegagnonE.pdf
  • Barge O., Régagnon E. 2012. "Penser le plan archéologique comme un système d’information, l’exemple du site médiéval de Qalhât (Oman)". Revue internationale de Géomatique 22/3 : 343-365.
  • Dabrowski V., Ros J., Tengberg M., Rougeulle A. 2015. "De l’origine et de l’utilisation des ressources végétales en Oman médiéval : première étude archéobotanique à Qalhât". Routes de l’Orient 2 : 1-13.
  • Monchot H., Béarez Ph., ’Des ossements dans les citernes. Les exemples de Dharih (Jordanie) et de Qalhât (Oman)’. Syria 93, 2016
  • Monchot H., Guintard C., "Chronic diseases in cats from the medieval site of Qalhât (Oman)". International Journal of Paleopathology
  • Régagnon E., Barge O. 2011. "Plan urbain et SIG archéologique : l’exemple de Qalhât (Oman)". In Images et modèles 3D en milieux naturels : 193-199. Collection EDYTEM n°12.
  • Rougeulle A. 2010. "The Qalhât Project. New researches at the mediaeval harbour site of Qalhât, Oman (2008)". Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 40 : 315-332.
  • Rougeulle A. "Le Projet Qalhât. Etude et mise en valeur d’un site médiéval omanais". Routes de l’Orient 2, Hors-série n°2 Archéologie en Arabie, à paraître en 2016 (en ligne).
  • Rougeulle A. "Medieval Qalhât, historical vs archaeological data". Journal of Oman Studies 19, à paraître en 2016
  • Rougeulle A., Creissen T., Bernard V. 2012. "The great mosque of Qalhât rediscovered. Main results of the 2008-2010 excavations at Qalhât, Oman", Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 42 : 341-356.
  • Rougeulle A., Renel H., Simsek G., Colomban Ph. 2014." Medieval ceramic production at Qalhāt, Oman, a multidiciplinary approach". Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 44 : 287-316.
  • Simsek G., Colomban Ph., Wong S., Zhao B., Rougeulle A., Liem N.Q. 2014. "Toward a fast non-destructive identification of pottery : the sourcing of 14th-16th century Vietnamese and Chinese ceramic shards". Journal of Cultural Heritage 2014, http://dx.doi.org/10.1016/j.culher.2014.03.003
  • Zhao B., Colomban Ph., Simsek G., Rougeulle A. "La céramique vietnamienne importée en Arabie et en Afrique (XIVe- XVIe siècles) : état de découvertes et de recherches". Tao Ci (Bull. Soc. Franç. Céramique Orientale) 6 à paraitre en 2016.

Plan de Qalhat