Ouadi el-Jarf (Egypte)

- Présentation des travaux archéologiques (2011-2015)


Depuis une dizaine d’années, les connaissances que nous avons de l’occupation des côtes de la mer Rouge par les Egyptiens se sont considérablement développées, essentiellement grâce à l’exploration de deux sites portuaires, qui ont fait récemment l’objet d’importants travaux archéologiques : Mersa Gaouasis et Ayn Soukhna. La découverte d’un nouveau site au ouadi el-Jarf, un peu au sud de la ville côtière de Zafarana et à quelque 100 km au sud d’Ayn Soukhna, apporte encore un complément au tableau général de cette occupation ancienne du littoral.

Le site du ouadi el-Jarf a été signalé à plusieurs reprises, sans jamais être jusqu’ici formellement identifié comme un site portuaire de l’époque pharaonique. La première description de ces vestiges est due à l’explorateur britannique Sir John Gardner Wilkinson, qui visita le site en 1823 en compagnie James Burton. Un passage de ses notes de voyage, publiées en 1832 à son retour d’Egypte, décrit à cet endroit un système de galeries aménagées dans un monticule rocheux, à quelques km de la côte, et qu’il interprète comme des catacombes. Un siècle plus tard, dans les années 1950, le site fut à nouveau signalé par deux pilotes français du canal de Suez et archéologues amateurs, du nom de Fr. Bissey et R. Chabot Morisseau.
Mais ce n’est que très récemment qu’une véritable étude archéologique du site a pu être lancée dans cadre d’une mission jointe de l’université de Paris-IV et de l’Institut français d’archéologie orientale. En juin 2011, une première campagne sur le terrain a permis d’en identifier les différentes composantes, et d’en dresser un plan topographique complet. Le site se développe en effet sur 6 km d’ouest en est, du premier contrefort rocheux des montagnes du désert oriental au rivage de la mer Rouge. Il comporte les éléments suivants :

  • Un système de galeries-entrepôts comparable à celui qui a été récemment mis en évidence sur les deux autres sites portuaires actuellement connus (Ayn Soukhna et Mersa Gaouasis). Cet ensemble est cependant bien plus développé que sur les autres sites, puisque l’on y compte une trentaine de ces galeries. Dix-sept d’entre elles sont aménagées de façon rayonnante autour d’une petite éminence rocheuse, tandis que neuf autres – et sans doute bien plus qui sont complètement réensablées – sont creusées sur le flanc est d’un petit ouadi orienté nord-sud.. Les galeries sont en moyenne longues d’une vingtaine de mètres, larges de trois mètres, et hautes de deux mètres – mais leur extension peut dépasser parfois une trentaine de mètres. On relève systématiquement à leur entrée les vestiges d’un système de fermeture élaboré, l’ouverture de la galerie ayant souvent été rétrécie par la pose d’une dalle sur l’un de ses côtés, avant sa condamnation par des gros blocs dans l’axe de la descenderie.
  • Plus à l’est, sur les dernières buttes de calcaire dominant l’immense plaine littorale bordant à cet endroit la mer Rouge (distante de 5 km), se trouvent des campements de l’Ancien Empire. Le plus développé fait apparaître sur deux tiers ouest du plateau plusieurs installations en pierre, délimitées par un long mur nord-sud contrôlant l’accès à l’ensemble qui s’effectuait à l’est par un drain naturel.
  • À mi-chemin entre les campements et la côte, au cœur la plaine littorale, qui sépare le dernier ressaut montagneux de la mer, on relève la présence d’une grande construction rectangulaire en pierres sèches, très ensablée (60 x 30 m, intérieurement divisé en 13 longs espaces transversaux)
  • Sur la côte elle-même se trouve un dernier ensemble d’installations. On peut y observer une construction pleine en pierres sèches associée à des installations très ensablées. Enfin, quelque 160 m à l’est est encore visible à marée basse une jetée en forme de L, immergée pour l’essentiel, mais dont l’extrémité de la branche est-ouest vient s’arrimer au rivage. Cette jetée prend naissance sur la plage et se prolonge sous l’eau en direction de l’est sur une longueur d’environ 155 à 160 m. Elle oblique ensuite, selon un tracé moins régulier, en direction du sud-est sur environ 120 m. Sa partie émergée permet d’observer un montage assez régulier composé de gros blocs et de galets calcaire, qui permettait la protection d’une vaste zone de mouillage artificielle de plus de 2,5 ha. Une exploration sous-marine réalisée à marée basse a permis de confirmer la fonction portuaire de cette installation : au moins 21 ancres de bateau en calcaire ont en effet été découvertes in situ, en position d’abri au sud de la branche est-ouest de la jetée. La découverte à proximité des ancres d’au moins quatre grandes jarres complètes identiques à celles que l’on retrouve sur les autres composantes du site indique que l’ensemble de ces aménagements sont contemporains.

Il est clair, enfin, que l’ensemble des installations du ouadi el-Jarf sont étroitement liées au site côtier de El-Markha / Tell Ras Bodran, sur l’autre rive du golfe de Suez, exactement en face de la jetée dont nous avons parlé. A cet endroit, une équipe de l’université de Toronto dirigée par G. Mumford dégage depuis 2002 une structure fortifiée circulaire qui marque visiblement le point de débarquement des expéditions partant du ouadi el-Jarf, ce qui est confirmé par le fait que la céramique produite localement sur ce dernier site constitue une proportion écrasante de ce qui est retrouvé sur la côte du Sinaï.

Les deux campagnes de fouille suivante menées au ouadi el-Jarf du 15 mars au 15 avril 2012 et du 9 mars au 9 avril 2013 ont permis de préciser un certain nombre des informations obtenue dès les premières opérations de reconnaissance sur le site. Dans la zone des galeries entrepôts, treize galeries ont été dégagées en totalité, sur la trentaine que comporte le site. Trois d’entre elles contenaient encore, visible en surface, un très important dépôt de grosses jarres de stockage, ayant probablement servi de containers à eau pour des embarcations. Ces grosses jarres sont produites localement : deux fours de potiers ayant servi à les fabriquer ont été découverts au pied de la zone des galeries G3 à G6. Elles ont par ailleurs reçu presque systématiquement une inscription à l’encre rouge, avant cuisson, qui indiquait leur destination. Cette formule nomme invariablement une équipe – ou plus précisément un équipage – qui a œuvré sur le site. On relève que l’une des équipe mentionnée porte le nom des « Connus des Deux-Horus d’or ». Cette dernière formule, formée sur le nom d’Horus d’or de Chéops, livre en même temps une datation précise de ces marquages, amplement confirmée par la typologie de la céramique, caractéristique de la première moitié de la IVe dynastie. Les autres galeries fouillées semblent avoir été dévolues à la conservation d’éléments de bateaux. Elles sont régulièrement équipées de petits murets transversaux, d’une seule assise de pierre, qui devait servir d’appui pour des grosses planches rangées à l’intérieur. Très peu subsiste de ce dépôt initial, qui semble avoir été intégralement récupéré avant l’abandon définitif du site. Plusieurs centaines de fragments et de chutes de bois, la présence de tenons, d’éléments de rames, de pièces d’accastillage, donnent malgré tout une idée assez claire de la présence de ces embarcations dans les galeries à un moment donné de l’histoire du site.
La fouille systématique des descenderies aménagées à l’avant de ce système de stockage – notamment devant les galeries G3-G6 - a également apporté de nombreuses informations les différentes étapes de l’utilisation du site. L’ensemble des galeries a manifestement été excavé d’un seul tenant, une partie des déblais de creuse ayant été utilisés pour régulariser la pente naturelle au devant des entrées. Sur cette première terrasse, on relève des niveaux d’occupation contemporains du fonctionnement des galeries, qui se caractérisent par des foyers et des accumulations de cendres. Dans un second temps, la fermeture des galeries a occasionné de gros travaux : c’est à cette occasion que des gros blocs de calcaire de plusieurs tonnes ont été utilisés pour construire une plateforme au devant des entrées, en ménageant une descenderie d’accès devant chacune d’elles. Le sol garde la marque des opérations de traction et d’ajustement de ces blocs. Les galeries ont enfin toutes été condamnées par un gros bouchon de calcaire poussé devant leurs entrées. La présence, sur les gros blocs constituant cette plateforme, de nombreuses marques de contrôle est également instructive à de nombreux égards. Les noms de plusieurs équipes / équipages sont ainsi attestés dans cet ensemble. La présence du cartouche de Chéops dans l’une des formules qui réapparaît le plus régulièrement sur ces blocs donne en outre une date précise à la condamnation définitive de l’ensemble des galeries, sans doute peu de temps avant l’abandon complet du site.



La campagne de 2013 a permis une découverte exceptionnelle toujours dans ce secteur du site : devant les galeries G1 et G2, une concentration exceptionnelle de papyrus, qui y avaient visiblement été jetés lors des dernières phases d’occupation du site, a été mise au jour. La plupart de ceux-ci sont bien datés du règne de Chéops, la date de l’année « après de 13e recensement » - à l’extrême fin du règne - apparaissant sur l’un des mieux préservés d’entre eux. Il s’agit en grande partie de comptabilités mettant en jeu la vie du site : des livraisons de grains, de matériel, de produits alimentaires destinés aux équipes travaillant sur le site. A cela s’ajoute un document exceptionnel, dont de très nombreux fragments ont été découverts : le journal de bord d’un fonctionnaire memphite du nom de Merer, qui livre jour après jour les grandes lignes de son activité. Ces documents, en cours d’étude, sont à ce jour la plus ancienne documentation papyrologique découverte en Égypte. Ils sont très proches, tant par leur présentation que par leur contenu, de leurs homologues de la fin de la IVe dynastie et de la fin de la Ve dynastie, découverts respectivement à Gebelein et à Abousir.


L’exploration de la zone archéologique qui se trouve à proximité de la mer a également été lancée cette année : à cet endroit, à 200 m du rivage, ont été mis au jour deux grands bâtiments administratifs de l’Ancien Empire, présentant des cellules organisées en dents de peigne. Un dépôt de 99 ancres de bateaux y a été découvert, un grand nombre d’entre elles étant encore inscrites de signes à l’encre rouge qui identifient probablement les embarcations auxquelles elles étaient destinées.
La connaissance des modalités mêmes de l’occupation du site a donc sensiblement été affinée au cours de ces campagnes, l’ensemble des données mettant l’accent à la fois sur le caractère massif de l’installation égyptienne, et la brièveté de cette occupation, sans doute circonscrite au début de la IVe dynastie, et plus particulièrement au règne de Chéops, l’essentiel du matériel découvert étant marqué au nom de ce roi. Ce dispositif pourrait être le premier aménagement côtier sur la mer Rouge de l’histoire égyptienne, avant que le site d’Ayn Soukhna, plus proche de la capitale administrative de Memphis, n’en prenne rapidement le relais.

La cinquième campagne de la mission archéologique du ouadi el-Jarf s’est déroulée du 7 mars au 12 avril 2015.
La fouille a cette année encore été menée en parallèle sur deux sites distincts, dans le prolongement des travaux effectués au cours de la campagne de 2014, une partie de l’équipe travaillant sur le complexe des galeries entrepôts, l’autre sur le littoral, deux zones éloignées de 6 km l’une de l’autre.

  • La zone des galeries magasins.

Les campagnes de fouilles effectuées sur le site de 2011 à 2014 ont été en grande partie consacrées à l’étude d’un premier ensemble de galeries de stockage aménagé de façon rayonnante autour d’une petite éminence rocheuse (galeries G1 à G17 – fig. 1)

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Fig. 1 : plan topographique de la zone des galeries G1-G17 après fouille (Damien Laisney)


Le dégagement de la plateforme aménagée devant les galeries G8, G9, G10 et G11, entièrement constituée de gros blocs de calcaire de plusieurs tonnes, avait été lancé lors de la campagne de 2014 L’étude de ce dispositif de fermeture complexe s’est poursuivie au cours de la campagne de 2015 – il a mis notamment en valeur deux bassins aménagés devant les entrées de galeries servant à la préparation de l’argile destinée à une production de poterie utilitaire sur le site. Plusieurs fragments de papyrus, et un papyrus complet donnant les noms et les titres d’un responsable de la IVe dynastie (le « Grand du palanquin » Neferirou) ont également été recueillis dans ce secteur. La fouille des galeries G8 et G9 a pu être menée à bien, celle de la galerie G11 a été lancée. La fouille a également continué dans les galeries G6 et G7, cette dernière ayant livré, entre autres, de nombreuses pièces de bateaux, certaines portant encore des annotations à l’encre rouge sans doute destinées à leur identification ont été recueillies. Enfin, dans le secteur des galeries G15 et G16, en contrebas de celles-ci, une tentative de percement d’une galerie inachevée, à un niveau inférieur à celui où sont aménagées les autres galeries du secteur, a pu être mise en évidence (fig. 2). Ce travail est également l’occasion d’étudier de façon précise une rampe aménagée pour acheminer vers les entrées des galeries les gros blocs destinés à en condamner les entrées.

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Fig. 2. Galerie inachevée en contrebas des galeries G15-G16 (photo mission ouadi Jarf)


Une campagne sera encore nécessaire pour terminer l’étude de ce secteur important du site, qui a livré entre autres un très important lot de papyrus bien datés de la fin du règne de Chéops. Les galeries G10, G11 et G17 doivent encore être dégagées, et un complément d’information devra être effectué sur les rampes du secteur G15-G16. Un abondant matériel comprenant – outre les fragments d’embarcations et la céramique – des tissus, des vanneries, des objets en cuir, des outils de bois et de pierre a été entreposé dans les magasin du site dans l’attente de son étude par des spécialistes.

  • Etude des fours de potiers de la IVe dynastie.

Sur la rive nord du large ouadi qui ceinture la butte des galeries G1 à G17 au nord, de nombreux éléments de surface repérés dès la toute première campagne laissaient soupçonner la présence de vestiges de fours destinés à la cuisson de la production locale de céramiques. Deux sondages ont permis la mise au jour de deux fours de potiers localisés dans des cavités abritées tant des crues soudaines que des forts vents dominants venant du nord. Les deux structures – 3047 et 3052 (fig. 3) – ont été conservées au niveau de leur chambre inférieure de chauffe et correspondent bien aux caractéristiques techniques très particulières (chambre de chauffe excavée dans le substrat rocheux, cuvelage de l’infrastructure construit en blocs de calcaire, etc.) déjà reconnues pour un premier ensemble de deux fours – 1022 et 1030 – mis au jour en 2012 en contrebas des galeries G7-G17.

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Fig. 3 - Four de potier 3052 (photo mission ouadi Jarf)


Ces deux nouveaux exemples présentent toutefois des dimensions sensiblement différentes. Le plus petit à l’est – 3047 – mesure 2,60 m de long pour 1,80 m de large et le plus grand – 3052 – pratiquement 4,00 m de long pour 2,60 m de large, le diamètre interne de la chambre basse atteignant dans ce cas plus de 2,00 m de diamètre sans l’alandier. Ce dernier four, le plus grand découvert au ouadi el-Jarf, semble avoir été employé pour la cuisson des grandes jarres de stockage tandis que le plus petit aurait pu recevoir une fonction plus ciblée notamment pour la cuisson des céramiques les plus fines du répertoire local. Dans les deux cas, l’emploi de briques crues a pu être observé dans la chambre basse et le volume comme la nature des couches de comblements observées lors de la fouille semblent confirmer l’usage privilégié de ce type de matériau de construction pour la partie supérieure du four. Dans les deux cas également, les dépotoirs et rebus de production de céramiques ont été rejetés directement à côté de la zone de chauffe. Ces concentrations ont livré de très nombreux fragments de céramiques locales présentant divers degrés de cuisson, dont plusieurs surcuits et déformés, mais également un volume important de fragments de gros conteneurs ovoïdes en pate alluviale fortement brulés et que les potiers auraient pu réutilisé pour constituer la couverture thermique supérieure du four lors des phases de cuisson.

  • Fouille et étude de la zone littorale.

La campagne de 2015 a permis d’achever la fouille de la Zone 6, qui comprend l’ensemble des installations portuaires – émergée et immergée – situées en bordure de la mer Rouge. Engagés en 2013, les travaux archéologiques des deux dernières missions avaient notamment conduit à la découverte d’un vaste ensemble construit en pierre de 40 m long sur 28 m de large, comprenant deux bâtiments dits « en dents de peigne » exclusivement occupés au tout début de la ive dynastie et entre lesquels une centaine d’ancres de bateau avait été déposées avant l’abandon définitif du complexe.

La découverte à la fin de la campagne de 2014, dans un niveau de sol extérieur à l’ouest du Bâtiment 1, d’une importante concentration de fragments de scellements d’argile portant le nom d’Horus et le cartouche de Chéops a encouragé cette saison une vérification méthodique des niveaux d’occupation internes dont la fouille n’avait pu être totalement achevée. Une fouille stratigraphique attentive et un tamisage fin ont permis de confirmer la présence systématique, mais dans des quantités souvent variables, de petits fragments de scellements en argile piégés dans les premiers sols d’occupation de chacun des espaces allongés du Bâtiment 1. Deux catégories sont clairement apparues : des scellements en argile sigillaire fine, brune et très sombre, originaire de la vallée du Nil, et des scellements plus grossiers réalisés à l’aide d’une argile jaunâtre très sableuse et indéniablement locale. Quantitativement, le premier groupe domine nettement les assemblages et indique ici des opérations d’ouverture de conteneurs de type sacs, paniers ou boites qui ont été scellés dans la Vallée à l’origine. Toutefois la présence du second groupe souligne qu’une activité de scellement de conteneurs et/ou de reconditionnement a également eu lieu ici. Ces découvertes tendent à confirmer au sein du Bâtiment 1 un stockage officiel et des activités à caractère administratif. La chronologie du mobilier céramique correspond également au temps de Chéops, seul et unique règne attesté au sein du mobilier sigillaire. L’ensemble des résultats de la fouille de ce secteur mettent à nouveau l’accent sur la relation qui existe entre le port du ouadi el-Jarf et le chantier de la pyramide de Giza, plusieurs titres de fonctionnaires identifiés sur les empreintes de sceaux mentionnant leur relation avec le complexe funéraire de ȝḫt Ḫwfw « l’Horizon de Chéops ».

Cette dernière campagne sur la côte a été également l’occasion de procéder à un dégagement extensif de toute la partie émergée de la jetée brise-lame (fig. 4), une opération rendue compliqué par les phénomènes de marée qui ont souvent gêné la fouille de la section la plus proche du rivage.

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Fig. 4. Partie terrestre de la jetée ouadi el-Jarf (photo mission ouadi Jarf)


La structure a été néanmoins reconnue sur toute sa longueur, d’une quarantaine de mètres, ce qui porte la longueur totale de sa section est-ouest à 205 m (environ 390 coudées) en y ajoutant les 165 m immergés déjà cartographiés. Sur la plage, la largeur conservée de la structure varie très fortement de 1,70 m à 6,50 m. Dans toute la moitié ouest, protégée par un fort ensablement, les deux faces externe – nord – et interne – sud – ont été bien préservées et la jetée présente ici une largeur homogène de 5,75 m à 6,25 m (environ 11 ou 12 coudées). La face externe a été retrouvée dans un état de conservation exceptionnel révélant un soin particulier de la construction et un tracé aussi original qu’inattendu. On y observe en effet un montage ordonné des gros galets de calcaire qui la constituent et un fruit prononcé et très régulier. Le cœur de la jetée concentre à l’inverse un enrochement plus petit mais extrêmement solide qui a été visiblement compacté et damé avec un liant d’argile jaunâtre. L’observation du montage des blocs a aussi révélé une construction très technique en sections accolées d’environ 5,50 m à 6,00 m de long (à nouveau 11 ou 12 coudées) dont les angles sont systématiquement montés à l’aide de blocs plus gros et chaînés. Chacune de ces sections – au moins 5 ont été reconnues – présente une face non pas rectiligne mais très nettement concave (fig. 5) qui a été produite volontairement par les constructeurs, sans doute afin d’accentuer la résistance de cette partie de la jetée davantage exposée aux forts courants littoraux venant du nord et aux attaques répétées de la houle.

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Fig. 5. détail de la construction de la jetée (photo mission ouadi Jarf)


La préparation d’une synthèse des résultats archéologiques de l’ensemble des vestiges archéologiques de cette zone est en cours, la remise du manuscrit étant prévue courant 2016. Dans cette perspective, la couverture photographique complète du matériel provenant de ce secteur, ainsi que les dessins d’une grande partie du mobilier céramique et des objets a pu être effectué au cours de cette campagne.

  • Etude des papyrus du ouadi el-Jarf

L’étude des nombreux fragments papyrus recueillis sur le site s’est poursuivie cette année, et les derniers fragments utilisables du lot documentaire découvert en 2013 ont été mis à plat. Dix plaques de verres ont été encore cette année remises à l’inspectorat de Suez à la fin de la mission. L’étude des journaux de bord des équipes de Chéops s’est poursuivie tout au long de l’année, et un premier volume concernant les papyrus A et B (les mieux conservés du lot) consignant le « journal de Merer », un responsable chargé d’acheminer des pierres des carrières de Tourah au chantier de la pyramide de Chéops, est en cours de préparation, et devrait être remis pour publication dans le courant de l’année 2016. En février 2015, un colloque international sur les papyrus de l’Ancien Empire a en outre été organisé à Paris en marge de cette découverte, dans le cadre d’une collaboration entre l’université de Paris-Sorbonne et l’université de Genève – les actes sont également en cours de publication.

(Rapport publié dans http://amers.hypotheses.org/413)

- Mission du ouadi el-Jarf – éléments techniques
Chef de mission : Pierre Tallet, MCF HdR, université de Paris-Sorbonne
Directeur associé : El-Sayed Mahfouz, université d’Assiout
Principaux intervenants :
Grégory Marouard, archéologue, Chicago Oriental Institute
Damien Laisney, topographe, Maison de l’Orient et de la Méditerranée
Mohamed Abd el-Maguid, archéologue, spécialiste des fouilles sous marines, Conseil Suprême des Antiquités de l’Egypte.
Georges Castel, architecte, Institut français d’archéologie orientale
Aurore Ciavatti, doctorante, université de Paris-Sorbonne
Serena Esposito, doctorante, université de Paris-Sorbonne
François Briois (archéologue, CNRS),
Joséphine Lesur (paléozoologue, Muséum d’histoire naturelle),
Anita Quilès (directrice du pôle archéométrie, IFAO),
Gael Pollin (photographe, IFAO),
Adeline Bats (doctorante, université de Paris Sorbonne),
Camille Lemoine (dessinatrice IFAO),
Hassan Mohamed, restaurateur (Ifao),
Adel Farouk, intendant (CSA).
Le Conseil suprême des antiquités a été représenté par Hassan Mohamed Abdel Aziz Mohamed, de l’inspectorat de Suez. L’équipe de 50 ouvriers de Gourna a été dirigée par le reïs Gamal Nasr al-Din

- Financements et aide technique :
Ministère des Affaires étrangères, Institut d’archéologie orientale du Caire, CNRS UMR 8167 « Orient et Méditerranée », Fondation Aall, Société Vinci et Colas-Rail.

- Bibliographie sur le site

  • Tallet P., Marouard Gr., « The Harbor of Khufu on the Red Sea Coast at Wadi al-Jarf, Egypt », Near Eastern Archaeology 77:1, 2014, p. 4-14 [neareastarch.77.1.0004-libre]
  • Tallet P, « Des papyrus du temps de Cheops au ouadi el-Jarf (golfe de Suez) », BSFE 188, 2014, p. 25-49 [BSFE_188_Tallet1-libre]
  • Tallet P., « The Wadi el-Jarf Site : A Harbour of Khufu on the Red Sea », Journal of Ancient Egyptian Interconnections 5:1, 2013, p. 76-84 [JAEI_5-1_Tallet_-_copie-libre]
  • Tallet P., « Note d’information. Les papyrus de la mer Rouge (Ouadi el-Jarf, golfe de Suez) », CRAI 2013, II, p. 1015-1024 [Crai_13-2_Tallet-libre]
  • Tallet P., Marouard Gr., Laisney D., « Un port de la IVe dynastie au Ouadi al-Jarf (mer Rouge) », BIFAO 112, 2012, p. 399-445 [1201_tallet_marouard]
  • Tallet P., Marouard Gr., « An Early Pharaonic Harbour on the Red Sea Coast », Egyptian Archaeology 40, 2012, p. 2-5 [EA_40_Tallet_Marouard_-_copie-libre]