Annie Pralong nous a quittés

Annie Pralong nous a quittés mardi 27 juin 2017, emportée par une fulgurante maladie qui a eu raison en quelques mois de sa vitalité et de sa combativité. Ancienne conseillère scientifique pour l’histoire de l’art médiéval à l’INHA (2005-2008), elle avait rejoint le laboratoire InVisu dès sa création en 2008. Elle avait pris sa retraite peu après mais avait gardé un lien fort avec l’équipe, dont elle a eu à cœur de suivre et d’accompagner le développement. Un hommage lui sera rendu à la rentrée.

Mercedes Volait

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Annie Pralong (née en 1943) a effectué toute sa carrière au CNRS. Ses études d’histoire l’avaient rapidement déterminée à choisir de se consacrer au monde byzantin et à se passionner tout autant pour le matériel sculpté, la circulation des objets dans le bassin méditerranéen, l’architecture protobyzantine que l’étude des motifs.

Spécialiste d’archéologie protobyzantine, elle avait mené plusieurs campagnes de fouilles à Amatonthe (Chypre) entre 1985 et 1994.

Elle rejoignit ensuite le Centre Glotz, où elle multiplia, aux côtés de son directeur Jean-Louis Ferrary, les activités de recherche et d’administration de la recherche : elle soutint sa thèse sur les chapiteaux en marbre de Proconnèse en 1997 (sous la direction de Jean-Pierre Sodini) et fut une adjointe du directeur précieuse pour préparer l’installation du Centre rue Vivienne, au moment où l’INHA voyait le jour.

De 2002 à 2005, elle fut chargée de mission pour l’archéologie à l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul, et à son retour rejoignit l’INHA comme conseillère scientifique responsable du domaine du Moyen Âge. Elle engagea un impressionnant travail autour d’un projet d’iconothèque à destination des enseignants en histoire de l’art, et constitua pour cela un vaste réseau d’acteurs impliqués dans les questions de droit de l’image et du numérique.

Entrée au CNRS au début de sa carrière comme documentaliste, devenue par la suite ingénieur de recherche en archéologie, c’est tout naturellement qu’elle fut l’un des premiers membres de l’unité InVisu dès sa création, et jusqu’à sa retraite.

Annie Pralong, passionnée de photographie (qu’elle pratiquait, développant elle-même ses clichés), de voyages et de chant choral, collègue et amie d’une grande droiture et d’une grande fidélité, laissera le souvenir d’une exceptionnelle énergie, d’un enthousiasme sans faille et d’une générosité inoubliable dès qu’il s’agissait de venir en aide à un(e) collègue pour la préparation d’un concours ou de mettre en contact tel ou tel.

Anne-Laure Brisac

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L’œuvre scientifique d’Annie Pralong

Annie Pralong avait une formation d’historienne, d’archéologue (elle fut l’assistante de Jean Lassus) et d’historienne d’art. Elle eut le souci d’inscrire ses recherches dans le cadre de la géographie historique, dont madame Ahrweiler fut l’ardente promotrice, et de l’archéologie qu’elle pratiqua à Marseille (fouilles du Port), en Chypre avec l’École Française d’Athènes (Amathonte), en Turquie ( prospections en Bythinie et participation aux fouilles de Sébaste-Selçikler en Phrygie) et en Syrie (fouilles de Huarte). Elle traduisit en 1989 avec M. Morel-Deledalle le manuel de M. Wheeler (Archaeology from the Earth).

On lui doit plusieurs publications sur les forteresses byzantines de Thrace turque, sur les remparts de Philadelphie mais aussi sur la basilique d’Amathonte. Elle était passionnée par la sculpture byzantine, notamment celle des ateliers de Proconnèse, qu’elle connaissait parfaitement. Son œuvre-maîtresse, « Recherches sur les chapiteaux corinthiens tardifs en marbre de Proconnèse », soutenue sous ma direction en 1997, proposait une nouvelle typologie des ces chapiteaux, plus logique, et constitue encore une base de données, inédite, de première importance. Elle s’était intéressée également à d’autres formes de chapiteaux produites dans ces carrières, à leur diffusion et à leurs imitations sur tout le pourtour méditerranéen. Sa collaboration au catalogue posthume de N. Firatli, La sculpture byzantine figurée au Musée archéologique d’Istanbul, Paris, 1990, fut très précieuse.

Ses recherches sur les marbres ont enrichi considérablement nos connaissances sur les échanges en Méditerranée et permis de cerner l’un des vecteurs importants du rayonnement de Byzance.

J.P. Sodini