Lalibela

- Responsables : Marie-Laure DERAT & Claire BOSC-TIESSÉ
Le toit de l'église Saint-Georges (Beta Giyorgis) affleurant au niveau du sol, le Mont Asheten en arrière-plan, ph. Marie Hernandez, 2009, cl. Mission Lalibela.

- Situation et contexte

Le site de Lalibela est un ensemble d’églises taillées dans le roc, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, perché à 2500 m d’altitude sur les hauts-plateaux de l’Ethiopie centrale. Ce haut-lieu du christianisme éthiopien, toujours fréquenté par de nombreux pèlerins, a longtemps été considéré comme la capitale du royaume chrétien d’Éthiopie aux XIIe et XIIIe siècles, fondée par le roi Lalibela, réputé comme saint et enterré dans l’une des églises du site. Plus grand site rupestre éthiopien, Lalibela est aussi le plus complexe, avec un enchevêtrement d’églises, de galeries souterraines et de tranchées à ciel ouvert, de cours et salles troglodytes.
La mission Lalibela a débuté en avril 2008, à l’initiative du Centre Français des Études Éthiopiennes (USR 3137, CNRS – UMIFRE 23, Ministère des Affaires Étrangères), sous la direction conjointe de Claire Bosc-Tiessé (INHA) et Marie-Laure Derat (CNRS, Orient & Méditerranée). Elle s’opère en complète coopération avec l’Authority for Research and Conservation of Cultural Heritage (ARCCH, Addis Abeba) et avec le soutien de l’UNESCO et du World Monuments Fund, avec lesquels une convention a été signée pour le partage des données accumulées sur le site de Lalibela. La mission est financée par la commission des fouilles du Ministère des Affaires Etrangères, le CFEE, le CNRS, l’Institut des Mondes Africains, l’Université Paris 1, le Labex RESMED et l’ANR et a pour partenaire l’INRAP et l’Université de Dabra Berhan (Ethiopie). Elle vise à retracer les étapes de formation de ce site hors du commun dont la patrimonialisation a longtemps été un obstacle à l’approfondissement des recherches.

Église monolithique Sainte-Marie (Beta Maryam), ph. Marie Hernandez, 2009, cl. Mission Lalibela.

- Objectifs de la mission
Les travaux menés jusqu’ici ont tenté de replacer ce site :

  • dans un contexte régional, en interrogeant l’anthropisation de la région et le développement du phénomène rupestre ;
  • dans un contexte culturel et religieux, pour situer dans le temps le creusement des églises proprement dites et le substrat religieux sur lequel elles se sont posées ;
  • dans un contexte politique, pour déterminer la place de Lalibela dans le royaume chrétien d’Ethiopie

- Équipe

Outre les deux responsables de la mission, Claire Bosc-Tiessé et Marie-Laure Derat, l’équipe est constituée de Régis Bernard (Inrap), Laurent Bruxelles (Inrap, IFAS-Johannesburg), Deresse Aynachew (Université de Debre Berhan), François-Xavier Fauvelle (CNRS, Traces), Emmanuel Fritsch (CFEE), Gachaw Belay (expert ARCCH), Antoine Garric (CNRS, CFEETK), Yves Gleize (Inrap, PACEA), Anne-Lise Goujon (doctorante, Université Paris X), Kidane Maryam Wolde Giyorgis (expert conservation du patrimoine), Romain Mensan (Traces), Tchernet Telahun (expert ARCCH), Alebachaw Belay (doctorant Université de Toulouse), Martina Ambu (doctorante, Université Paris I), Nafisa Valieva (doctorante Université d’Hambourg). De nombreuses personnes sont intervenues ou interviennent de manière plus ponctuelle : Abebe Mengistie (ARCCH), Chalachew Fitsum Yussuf Abegaz (Dabra Berhan University), Getatchew Meressa (Addis Ababa University), Wintana Kiros (PACEA), Clément Ménard (Traces), Mengistu Gobezie (Addis Ababa University), Margot Monsillon (IMAF), Olivier Onezime (Inrap), Hélène Réveillas (PACEA), Mikael Rouzic (PACEA), Stéphanie Sève (PACEA), Matthew Sisk (New York University), Camille Vanhove (PACEA), Yegifneh Bogqle (Dabra Berhan University), Laure Ziegler (PACEA).

- Principaux résultats des campagnes précédentes

Après une étape préliminaire consistant dans l’élaboration d’une carte de tous les espaces rupestres de ce complexe, de nombreuses méthodes se sont combinées pour retracer l’historique du site sur le temps long.
carte de la mission
Le potentiel archéologique du site a été mis en évidence par la découverte des déblais issus du creusement des monuments rupestres. Les fouilles réalisées dans certains de ces déblais ont permis de mettre au jour une stratigraphie confirmant l’existence de différentes phases de creusement. Au cours de ces fouilles, un mur monumental en pierres de taille, dont l’installation est antérieure au milieu du XIe siècle, a été découvert. Ces aménagements permettent d’établir des rapports diachroniques entre architecture de pierre de taille et architecture excavée sur le site même de Lalibela. La présence en abondance de poteries et vestiges de faune peut témoigner d’une occupation civile ancienne dans l’enceinte de Lalibela, que l’on peut faire remonter, pour le moment au Xe siècle, avant l’apparition des églises dont on est à peu près sûrs qu’elles ont vu le jour au cours du règne de Lalibela, au tournant des XIIe et XIIIe siècles.

En 2017 et 2018, la poursuite de la fouille dans les déblais du second groupe d’églises a mis au jour les vestiges d’une occupation monumentale, datée du XIe siècle, mêlant creusements du substrat, sous dorme d’encoches, et construction de murs en maçonnerie. L’objectif des prochaines campagnes serait de fouiller de manière extensive l’ensemble du tas de déblais et de laisser apparent ce qui promet d’être une ville médiévale jusqu’ici inconnue.

Un phasage de l’excavation des monuments a été réalisé, en considérant les églises dans un contexte plus général d’un point de vue géologique et technologique. L’analyse de la taille de la pierre a donné lieu à une première typologie des traces d’outils, mise en lien avec des outils actuels à partir d’une expérimentation menée en carrière. Une chronologie relative des étapes de taille des monuments, en particulier de Giyorgis, a pu être établie. Le croisement entre la lecture des anomalies et superpositions sur le site et l’analyse de la taille du rocher a permis d’affiner les séquences d’excavation du site. Ces recherches ont révélé la grande complexité du processus de formation du site, reposant sur plusieurs phases d’occupation. Afin d’avoir une lecture claire de ces différentes étapes, la restitution 3D du phasage du site a été entreprise en 2015. Quatre grandes phases d’excavation sont aujourd’hui recensées et visualisées grâce à cette modélisation liminaire réalisée en collaboration avec le laboratoire Archéovision (Université de Bordeaux Montaigne) et le Zamani Project (Université du Cap).

Traitement pré-opératoire du modèle 3D de l'église Beta Maryam pour le rendu de la phase monumentale de l'excavation, image Archéovision.

L’histoire longue du site de Lalibela, commencée bien avant le règne du roi éponyme, a été confirmée par la fouille d’un cimetière (Qedemt, situé à 500m des églises). 40 fosses sépulcrales ont été fouillées et 51 inhumations ont été identifiées, un même emplacement funéraire pouvant être utilisé sur plusieurs siècles. Les datations mettent en évidence une occupation du site entre le XIe siècle et le XVIIe siècle. Des orientations de sépultures très différentes (de nord-sud à est-ouest) semblent témoigner de changements dans les pratiques funéraires, liés à des mutations culturelles importantes intervenues avec la christianisation. Un corpus céramique relativement riche a été exhumé lors de ces fouilles et son étude est en cours, pour poser les jalons d’une typologie de la céramique de cette région entre les Xe et XVIIe siècles.



Ces travaux sont complétés par des études architecturales et stylistiques menées dans les églises (peintures, sculptures, disposition des espaces liturgiques), ou encore des sondages sur des sites non encore étudiés, venant compléter un ensemble d’archives fournissant aussi des informations précieuses sur l’histoire du site. Les églises de Lalibela conservent environ 300 manuscrits, écrits en guèze, la langue classique de l’Éthiopie, dans lesquels figurent des documents sur l’histoire du site, de la région et des rapports entre celle-ci et le pouvoir royal. A ces manuscrits, s’ajoutent des inscriptions figurant sur les parois des églises (inscriptions en guèze, copte et arabe, témoignant du passage de pèlerins à Lalibela), et sur des meubles d’autel portatifs en bois.
L’ensemble de ces travaux concourt à mieux saisir à la fois le phénomène rupestre en Éthiopie, la christianisation de cette région des hauts-plateaux centraux et connaître, d’un point de vue culturel, religieux et politique, les sociétés qui ont occupé cette région dans le temps long.

- Vidéo, interviews, mentions dans la presse :

  • 3e prix Clio de la recherche archéologique attribué au projet « Lalibela, archéologie d’un site rupestre » en 2014.
  • Documentaire de 26 minutes, dans le cadre de la série pour Arte, « Enquêtes archéologiques, la légende de Lalibela ». 1re diffusion, février 2017.
  • Reportage d’actualité de 14 minutes pour le site de l’INRAP « Mission archéologique à Lalibela », 1re diffusion le 30 juillet 2009, http://www.inrap.fr/mission-archeologique-lalibela-9384
  • « Lalibela, une Jérusalem africaine », Les collections de l’Histoire, n°74 (janvier 2017), p. 26-27.
  • Claire Bosc-Tiessé, « Les églises de Lalibela et le phénomène rupestre », Les Dossiers de l’Archéologie, n°79 (janvier-février 2017), p. 58-61.























- Site web

- Publications

  • Gleize Y., Bosc-Tiesse C., Derat M.-L., Rouzic M., Sève S., Ziegler L., Goujon A.-L., Mensan R., Bernard R., « Le cimetière médiéval de Qedemt (Lālibalā) : données préliminaires issues des campagnes 2010 et 2012 », Annales d’Éthiopie, 30 (2015), p. 223-258.
  • Derat M.-L., Gleize Y., “Anonymat des sépultures et mémoire des espaces et des morts : approche historique, anthropologique et archéologique des pratiques funéraires dans la société chrétienne d’Ethiopie, XIe-XVIIIe siècle”, in Le funéraire. Mémoire, protocoles, monuments, G. Delaplace, F. Valentin (dir.), Paris, 2015, p. 161-173 (Colloque de la MAE, René-Ginouvès 11).
  • Bosc-Tiesse C., Derat M.-L., Bruxelles L., Fauvelle-Aymar F.-X., Gleize Y., Mensan R., « The monolithic churches of Lalibela (Ethiopia) : an archaeological reading of the site and its landscape », Journal of African Archaeology, 12 (2) (2014), p. 141-164.
  • Bruxelles L., Mensan R., « Contribution de la géoarchéologie à l’étude du site de Lalibela (Éthiopie) », Géologues, 173 (2012), pp. 92-94.
  • DERAT Marie-Laure, « Les tombeaux des rois Zagwē Yemrehanna Krestos et Lālibalā (XIIe-XVIe siècles) et leurs évolutions symboliques », Afriques. Débats, méthodes et terrains d’histoire, [En ligne], 03 |, 2012, URL http://afriques.revues.org/
  • Bosc-Tiesse C., Derat M.-L., “Acts of writing and authority in Begwena and Lasta between the 15th and 18th century : a regional administration comes to light”, Northeast African Studies, vol. 11 n°2 (2011), p. 85-110.
  • Derat M.-L., « Les tombeaux des rois Zāgwē, Yemrehanna Krestos et Lālibalā (XIIe-XVIe siècle), et leurs évolutions symboliques », Afriques [En ligne], 03 | 2011,http://afriques.revues.org/1030
  • Lalibela, Ethiopia, plans and site topographic map, Addis Ababa, CFEE, Presses de l’IGN, 2011.
  • FAUVELLE François-Xavier, BRUXELLES Laurent, MENSAN Romain, BOSC-TIESSE Claire, DERAT Marie-Laure, FRITSCH Emmanuel, MENARD Clément, “Rock-cut stratigraphy : sequencing the Lalibela churches”, Antiquity, 2010, vol. 84 n°326 (December), p. 1135-1150.
  • BOSC-TIESSE Claire, DERAT Marie-Laure, « Les recherches en cours à Lālibalā et dans le Begwenā-Lāstā », Annales d’Éthiopie, vol. 25 (2010), p.15-17.
  • BOSC-TIESSE Claire, « Les autels et les meubles d’autel (tābot et manbara tābot) en bois des églises de Lālibalā : jalons pour une histoire des objets et une histoire des motifs », Annales d’Éthiopie, 25 (2010), p. 55-101.
  • BOSC-TIESSE Claire, DERAT Marie-Laure, FRITSCH Emmanuel, WADI ABULLI, « Les inscriptions arabes, coptes et guèzes des églises de Lālibalā », Annales d’Éthiopie, 25 (2010), p. 43-53.
  • DERAT Marie-Laure, « Les donations du roi Lālibalā : éléments pour une géographie du royaume chrétien d’Éthiopie au tournant des XIIe et XIIIe siècles », Annales d’Éthiopie, 25 (2010), p. 19-42.
  • FRITSCH Emmanuel, “Twin Pillars : an Epistemological Note in Church Archaeology”, Annales d’Éthiopie, 25 (2010), p. 103-111.