"Jihad" et "fitna" : penser et concevoir la guerre dans le Mashreq médiéval

24 janvier 2018
Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
12 place du Panthéon Paris 5ème, salle 216


Présentation

La division politique de l’Umma au Xe siècle, l’irruption de populations nouvelles et conquérantes dans le Dār al-Islām au courant du XIe siècle et la militarisation progressive du pouvoir furent à l’origine de nouvelles formes de conflictualités.
Confronté à de nouveaux principes de la domination politique mais aussi à de nouvelles menaces telles que les croisés et les Mongols, le Mašriq médiéval connut le développement d’une abondante production écrite sur la guerre, tant juridique qu’historiographique ou littéraire, notamment d’un discours de ǧihād comme devoir religieux, destiné à inciter les gouvernants à une réaction militaire défensive.
Ce contexte dans lequel évoluèrent les sociétés et les Etats musulmans du Mašriq du XIe au XVIe siècle incita à la construction d’un discours de guerre qui servit à la légitimation par les ‘ulamā’, seuls détenteurs de l’arme juridico-religieuse qu’est la fatwā, du pouvoir conquis par les militaires. Dans bien des régimes médiévaux, le ǧihād devint le socle de toute légitimité quand bien même la guerre était menée contre d’autres musulmans, d’un autre courant de l’islam comme les conflits qui opposaient les Fatimides chiites aux émirs sunnites sous obédience abbasside, voire entre princes et souverains sunnites. Se pose alors la question de la construction idéologique qui permettait la production d’un discours de justification destiné à échapper à l’accusation de provoquer des fitna-s, c’est-à-dire une guerre non légale : quelles pratiques juridiques étaient engagées dans la légalisation de la guerre ? Au sein même de certains de ces régimes, la conflictualité devint structurelle et les fitna-s se multiplièrent, ainsi entre les dynastes ayyoubides ou entre les émirs mamlouks. La guerre interne prit des formes multiples que les historiographes relatent, justifiant les actions militaires de tel émir, condamnant la révolte de tel autre, construisant par la densité des mentions de fitna-s une omniprésence du conflit dans le discours sur l’histoire. Autour de la construction idéologique et des évocations historiographiques, se développa toute une culture guerrière littérarisée dont témoignent les ouvrages de furūsiyya. Cette culture écrite n’est-elle pas l’expression et la manifestation d’une nouvelle conception de la guerre de la part de l’élite dirigeante et de celle des hommes de religion ?
L’évolution du discours sur la guerre dans le contexte de la militarisation du pouvoir et de l’émergence de nouvelles menaces à l’époque des sultanats ouvre une pléiade de questions, à commencer par l’identité sociale de ceux qui produisent ce discours, oulémas ou gouvernants. De quelle façon l’utilisaient-ils comme instrument de propagande politique ? Quelles références juridiques, historiques voire littéraires et quel substrat théologique étaient employés dans la construction du discours sur la guerre ? Quels termes, quelles notions, quels arguments étaient convoqués dans cette production textuelle ? Quel jeu métatextuel et conceptuel, en somme, était engagé dans la légitimation du pouvoir des militaires et dans la justification et la légalisation des conflits et des pratiques guerrières ? Dans quelle mesure ce discours s’intégrait-il dans des schémas de pensée préexistants ou construisait-il une nouvelle représentation.

Programme
8h30 : accueil des participants
9h. Introduction

Pause
11H15

12h30-­14h Déjeuner
14h

Pause