Recherches en Tunisie actuelle

Le "projet Bardo" (Responsable : François Baratte)

Le projet de catalogue des sculptures romaines du musée du Bardo, à Tunis, est né d’une double observation : l’intérêt limité porté aujourd’hui encore à la sculpture dans l’Afrique romaine, en dépit de son abondance et de son intérêt, d’une part ; le manque de travaux sur la riche collection du musée du Bardo dans ce domaine, d’autre part, alors que le musée, jusqu’à une date récente, a accueilli la plupart des pièces importantes trouvées à travers le pays. C’est en 2012 que fut signée une convention entre l’université Paris-Sorbonne et l’Institut National du Patrimoine de Tunisie (INP), confiant à François Baratte et Nathalie de Chaisemartin, ainsi qu’à Fathi Bejaoui, alors directeur général de l’INP la responsabilité de la réalisation d’un catalogue raisonné de cette collection. Un second volet prévoyait la formation de jeunes chercheurs tunisiens à l’étude de la sculpture.
Une équipe a donc été constituée autour des trois responsables, réunissant un groupe de doctorants français et tunisiens, qui, à raison de deux à trois sessions de travail sur place depuis 2012, a étudié directement l’ensemble de la collection, près de 800 œuvres, en grande partie inédites et souvent de haute qualité. Des fiches informatisées ont été réalisées pour chacune d’entre elles, accompagnées des photographies nécessaires. Le nombre de pièces à traiter a conduit à répartir l’étude et la publication en plusieurs volumes, en commençant par les portraits. L’équipe s’est donc attachée, après la réalisation des fiches, à l’étude et au commentaire des 168 sculptures retenues, réparties entre portraits impériaux et privés, personnages masculins et féminins. En 2020, la préparation de ce premier volume s’achève, qui pourrait voir le jour avant la fin de l’année.
Dans le même temps, le travail de formation s’est poursuivi, notamment par le séjour à Paris des membres tunisiens de l’équipe, pour des séminaires d’étude et des séances de travail dans les musées et les bibliothèques, permettant aux étudiants français et tunisiens d’entreprendre ou d’avancer leurs recherches personnelles.
D’ores et déjà, la préparation des notices a permis de nombreuses observations sur la technique des sculptures, les assemblages, les traces d’outils, et sur certains points particuliers comme la réalisation fréquente de statues dans des blocs soigneusement calibrés, souvent très exigus (un pied d’épaisseur) ; elle a éclairé aussi la réflexion sur la chronologie, la circulation des sculptures des grands centres méditerranéens, Athènes, l’Asie mineure, Rome, vers l’Afrique, sur la question des ateliers, extérieurs à l’Afrique ou bien locaux. Une attention particulière a été portée, notamment dans le cadre d’un projet "Convergences" associant l’UMR 8167 au Laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale (LAMS) de l’université Pierre et Marie Curie, dirigé par Ph. Walter, à la polychromie des sculptures. Le catalogue mettra donc à la disposition du public et des chercheurs un matériel nombreux, mal connu ou inédit et d’un grand intérêt. Les volumes à venir seront consacrés aux 600 autres pièces, sculptures idéales, divinités et sujets de genre.
S’ouvre ainsi la voie à la rédaction d’une synthèse inédite sur la sculpture en Afrique et sa place dans les cités et les campagnes, dans les espaces publics comme dans les lieux privés

Mission archéologique française à Haïdra (Responsable Caroline Michel d’Annoville)

La mission archéologique française à Haïdra travaille depuis 1968 sur le site d’Ammaedara, à la frontière tuniso-algérienne. A la suite de F. Baratte, C. Michel d’Annoville, a proposé un nouveau programme d’études du site. En accord avec les partenaires tunisiens, avec l’appui du Ministère des Affaires étrangères, l’enquête portera sur le devenir des monuments publics durant l’Antiquité tardive et la période byzantine. Ce thème a été abordé surtout par les historiens et les juristes et moins par les archéologues, or, depuis peu de temps, les observations sur le terrain du processus de réhabilitation ou de démantèlement des monuments anciens, se multiplient. Ce projet privilégiera deux grands pôles monumentaux, le centre civique et le secteur des monuments à auges (MA1), le premier pouvant subir des altérations en raison de sa localisation près de la route actuelle et l’autre étant resté en cours d’étude par l’équipe des missions archéologiques antérieures en raison d’une situation sécuritaire instable. Ces deux espaces témoignent d’une lente évolution, marquée par des phases de construction, de réutilisation et d’adaptation des espaces, et par le prélèvement de matériaux ou la reprise de l’existant pour le conformer à un nouvel usage donnant un aspect composite particulier à l’édifice. L’évolution de ces espaces, comparée à celle des lieux de culte chrétiens mieux connus, permettra d’aborder dans toute sa complexité la dynamique de la ville des époques antique tardive et byzantine et la transition avec l’époque médiévale.