Oasis d’al-Kharj, ancienne al-Yamâma

Directeurs : Abdalaziz al-Hammad (SCTH, Riyadh), Jérémie Schiettecatte (CNRS – UMR 8167 Orient et Méditerranée, Paris)

Participants : AL-AKLABI Abdallah, AL-DAWAYSH Sultan, AL-HADLAQ Abdallah, AL-HAFI Khalid, AL-HAMAD Abdalaziz, AL-HAMDAN Fahad, AL-HARBI Jīza, AL-HINU Abdalaziz, AL-KHATIB Rozan, AL-QARNI Awadh, AL-RASHID Sultan, AL-TAYRI Hamid, AL-ʿUTAYBI Said, AL-ʿUTAYBI Khalid, ARBACH Mounir, BIN NAFISSA Abdalaziz, BOUCHAUD Charlene, CHABROL Antoine, CHARLOUX Guillaume, CHEVALIER Anais, CRASSARD Rémy, CUNY Julien, DARLES Christian, DINIES Michele, FORTIN Guillaume, FOUACHE Eric, GANDREAU David, GAVAZZI Bruno, HILBERT Yamandu, LARUAZ Fanny, LESGUER Fabien, MONCHOT Hervé, MORISET Sébastien, MOUTON Michel, MUNDUTEGUY Laetitia, Munschy Marc, NIVELEAU Mathieu, ROBIN Christian, ROSAK Alexia, SAGORY Thomas, SIMEON Pierre, SCHMIDT Chloé, TAYRAN Salem, TZORTZIS Stefan, WERMUTH Elodie

Site d'al-Yamama – l'équipe de fouille en 2012 (c) Mission archéologique franco-saoudienne d'al-Kharj

- Situation et contexte

L’oasis d’al-Kharj se situe au centre de la péninsule Arabique, dans la région du Najd, à 70 km au sud-ouest de la capitale saoudienne Riyâd. Au cours de la période antique tardive et médiévale, la région était connue sous le nom d’al-Yamâma.
Al-Kharj - Carte de localisation régionale (c) Mission archéologique franco-saoudienne d'al-Kharj
Si le climat y est hyperaride et les précipitations annuelles n’excèdent pas 100 mm, un contexte hydrologique particulier a toutefois fait de cette région une zone propice au peuplement. Al-Kharj est à la confluence de plusieurs oueds qui drainent une vaste aire géographique, de sorte que la nappe phréatique, peu profonde y est aisément accessible par le creusement de puits et par de profondes dolines naturelles. L’agriculture y a été pratiquée au cours des deux derniers millénaires. Auparavant, c’était une zone de pâturage privilégiée.

- Historique de la mission

Au sein de l’Arabie déserte, cette zone fertile n’avait jusqu’à une date récente fait l’objet que de très rares recherches archéologiques. En 2011 fut donc créée une mission franco-saoudienne sous la direction conjointe d’Abdalaziz al-Ghazzi (King Saud University) et de Jérémie Schiettecatte (CNRS) afin d’entreprendre la prospection archéologique de l’oasis et la fouille des sites les plus représentatifs des différentes périodes de son occupation.

- Objectifs

Les objectifs de cette mission archéologique sont d’étudier l’évolution du contexte environnemental de la région d’al-Kharj du Pléistocène à la période moderne et d’étudier l’insertion des sites archéologiques dans ce contexte environnemental changeant afin d’apporter des éclairages sur l’évolution du peuplement régional depuis ses origines jusqu’à l’époque moderne. Il nous importe également de comprendre comment des populations soumises à des contraintes environnementales fortes ont été en mesure d’apporter les réponses appropriées pour assurer leur subsistance et, au-delà, développer une économie de production effective.

Principales réalisations (2011-2016)

  • Établissement de la carte archéologique de l’oasis pour les périodes préhistoriques et historiques ;
  • Établissement de la carte géomorphologique de l’oasis ;
  • Étude géomorphologique et palynologique des paléolacs de l’oasis par carottage ;
  • Fouille d’un site paléolithique moyen stratifié (AK-31) ;
  • Fouille de tombes au sein de la nécropole protohistorique de ʿAyn al-Ḍilaʿ et du Jabal Umm al-Rus ;
  • Étude du principal site archéologique de l’oasis, al-Yamāma : • Prospection géomagnétique du site ; • Relevé topographique du site ; • Réalisation de deux sondages profonds afin de cerner la stratigraphie et la chronologie du site (secteurs N6 et K17) ; • Fouille de la Grande Mosquée (secteur N6) ; • Fouille de deux secteurs d’habitat (secteurs O7 et K17) ; • Fouille de fours de potiers (secteurs G17-H17) ; • Relevé par photographie aérienne et photogrammétrie de la Grande Mosquée ; • Étude archéozoologiques des restes fauniques ; • Étude archéobotanique des témoins bio-archéologiques trouvés en fouille (charbons, graines).

- Le site préhistorique AK-31/ Umm al-Sha’al
Identifié en 2013, le site d’AK-31 est situé au nord-ouest de l’oasis d’al-Kharj, à l’extrémité est du Jabal Umm al-Sha’al, au pied d’un éperon de quartzite rouge et gris foncé. Il s’agit d’un site de débitage lithique daté du Paléolithique moyen d’après la présence de nucléus et d’outils spécifiques : nucléus de type nubien ; éclats Levallois. La matière première utilisée sur le site est un le quartzite gris affleurant naturellement à proximité immédiate. L’épandage s’étend sur une surface de 80 x 30m.

 Site d'Umm al-Sha'al (AK-31) - Eclats Levallois (c) Mission archéologique franco-saoudienne d'al-Kharj

Une zone de ravinement récente ayant exposé un riche et prometteuse accumulation sédimentaire, le site a fait l’objet d’un sondage stratigraphique en 2015 sur une profondeur de 2 mètres. Ce site est apparu comme l’un des très rares sites Paléolithique moyen stratifiés de la péninsule Arabique, ce qui lui confère un caractère tout-à-fait exceptionnel. Des prélèvements pour datations par thermoluminescence devraient apporter des éclairages sur la date précise de ce type de productions lithiques et au-delà, sur la question de la diffusion de l’Homme moderne hors du berceau africain.



- La nécropole protohistorique de ʿAyn al-Ḍilaʿ
La nécropole de ʿAyn al-Ḍilaʿ est de loin la plus importante de l’oasis, mesurant 4,4 km de long, 500 mètres de large et comportant près de 4000 tombes. Elle s’étend en bordure d’un plateau calcaire qui domine la vallée alluviale d’al-Kharj depuis le sud-est.

Site de ʿAyn al-Dilaʿ - vue aérienne de la nécropole de l'âge du Bronze (c) Th. Sagory – Mission archéologique franco-saoudienne d'al-Kharj

Les tombes sont de types variés : structures circulaires ou rectangulaires avec mur périphérique fait de dalles posées de chant et comportant en son centre une petite chambre funéraire ; structures cunéiformes pouvant atteindre 40 mètres de longueur et comportant une chambre funéraire ; tombes-murs faite d’une accumulation de pierre et gravats de forme rectangulaire comportant en son centre une petite chambre funéraire rectangulaire.

Cinq de ces tombes ont été fouillées en 2013 et 8 en 2015. Fréquemment pillées, elles ont toutefois livrés quelques restes d’ossements qui permettent à la fois de prouver que ces tombes étaient individuelles et qu’elles furent parfois réutilisées à plusieurs siècles d’intervalle. Le mobilier témoigne d’une occupation de la nécropole sur la très longue durée, au moins de la fin du 3e au milieu du 1er millénaire av. J.-C.

Site de ʿAyn al-Dilaʿ - vue de la nécropole de l'âge du Bronze (c) Mission archéologique franco-saoudienne d'al-Kharj

En l’absence d’habitat contemporain, ces tombes pourraient avoir été celles d’une population semi-nomades dont le territoire couvrait l’ensemble de la vallée d’al-Kharj.



- Le site préislamique/islamique d’al-Yamāma
Ce site d’habitat est le plus vaste reconnu dans la région d’al-Kharj. Il est implanté au cœur de l’oasis, au confluent des Wādī Nisāḥ et Wādī Ḥanīfa.
Les vestiges archéologiques s’étendent en bordure d’une zone de palmeraie, au nord-ouest d’un village nommé al-Yamāma, qui tire son nom de celui de la région aux périodes antiques et médiévales. L’autre nom utilisé localement pour désigner le site est al-Bannāʾ, il fait référence aux vestiges de brique crue dont le matériau fut en partie remployé dans des constructions récentes.

Site d'al-Yamama – plan du site (c) Mission archéologique franco-saoudienne d'al-Kharj

Le site a été identifié à la ville médiévale de Jaww al-Khaḍārim mentionnée par les auteurs médiévaux al-Balādhurī, al-Masʿūdī ou encore Yāqūt, entre les IXe et XIIe siècles. Le site apparaît également dans deux inscriptions sabéennes préislamiques sous le nom de Jawwān.
Le site s’étend sur une superficie 75 ha (1000 m du nord au sud, 750 m d’est en ouest). On y voit en surface de nombreuses structures de briques crues ainsi qu’une grande quantité de tessons de céramique. La fouille du site a été entreprise en 2011 à travers la réalisation de sondages profonds, du dégagement d’une mosquée, de structures d’habitat et de fours céramiques. En combinant les informations que nous fournissent les inscriptions sudarabiques, les sources arabo-islamiques, la céramique échantillonnée en surface et en stratigraphie, les monnaies trouvées en surface, les résultats des sondages profonds, la fouille des différentes structures et les datations radiocarbones, l’occupation du site peut être datée au plus tard du Ve siècle av. J. C. au XVIIIe siècle apr. J. C.

- Rapports annuels

- Partenaires institutionnels :

• Commission saoudienne du tourisme et des Antiquités, Riyadh
• Université du roi Saoud, Riyadh
• Ministère des Affaires étrangères et européennes, Paris
• Ambassade de France en Arabie Saoudite, Riyadh
• CNRS
• Université Paris-Sorbonne / Paris-Sorbonne Abu Dhabi
• Université de Strasbourg
• Muséum national d’histoire naturelle, Paris
• CRATerre
• EVEHA
• INRAP
• Deutsches Archäologisches Institut

- Financements :

• Saudi Commission for Tourism and Antiquities
• Ministère des Affaires étrangères : Programme ‘Oasis de l’Arabie déserte’ (dir. G. Charloux)
• Ambassade de France en Arabie Saoudite
• ANR – programme SYRAB [ANR-09-BLAN-0328-01]
• Labex RESMED [ANR-10-LABX-72]
• Idex SUPER (Sorbonne Universités à Paris pour l’Éducation et la Recherche) [ANR-11-IDEX-0004-02] – programme Convergence
• UMR 8167 « Orient et Méditerranée » (EPHE, collège de France, Univ. Paris-Sorbonne, Univ. Paris 1, CNRS)
• Paris-Sorbonne University Abu Dhabi
• Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

- Bibliographie

Ouvrages
- Schiettecatte J. & al-Ghazzi A. (dir.), Sous presse. Al-Kharj I. Report on two excavation seasons in the oasis of al-Kharj (2011–2012). Saudi Arabia, Riyadh, Saudi Commission for Tourism and Antiquities, 378 pp.

Articles
- Crassard R., Hilbert Y.H., 2012. “A Nubian Complex Site from Central Arabia : Implications for Levallois Taxonomy and Human Dispersals during the Upper Pleistocene”, PLoS ONE 8(7) : e69221. doi:10.1371/journal.pone.0069221

- Schiettecatte J., A. al-Ghazzi, A. Chabrol, G. Fortin et E. Fouache, 2012. « Le peuplement protohistorique et historique de l’oasis d’al-Kharj (province de Riyâd, Arabie Saoudite) », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012, III (juillet-octobre), p. 1365-1399.

- Schiettecatte J., A. al-Ghazzi, G. Charloux, R. Crassard, Y. Hilbert, H. Monchot, M. Mouton & P. Siméon, 2013. “Al-Kharj oasis through time : first results of archaeological fieldwork in the province of Riyadh (Saudi Arabia)”, Proceedings of the Seminar for Arabian Studies, 43, p. 285-308.

- Schiettecatte J., 2013. « Discovering ancient al-Yamâma », Bulletin of the British Foundation for the Study of Arabia, no 18, p. 36-38.

- Monchot, H., Bailon, S., Schiettecatte, J., 2014. “Archaeozoological evidence for traditional consumption of spiny-tailed lizard (Uromastyx aegyptia) in Saudi Arabia”, Journal of Archaeological Science 45 (May 2014), p. 96-102 doi : 10.1016/j.jas.2014.02.012.

- Schiettecatte J., A. Chabrol & E. Fouache, 2016. « Landscape and settlement process in al-Kharj oasis (province of Riyadh) », in M. Luciani (ed.) The Archaeology of North Arabia : Oases and Landscapes. Proceedings of the International Congress held at the University of Vienna, 5-8 December, 2013 (Oriental and European Archaeology, Band 4), Vienne : Austrian Academy of Sciences Press, p. 257-280 »

- Schiettecatte J., A. al-Ghazzi, A. al-Hammad, A. Chabrol, G. Charloux, R. Crassard, E. Fouache, B. Gavazzi, Y. H. Hilbert, R. al-Khatib, H. Monchot, M. Mouton, L. Munduteguy, M. Munschy, P. Siméon, sous presse. « Al-Kharj 2011–2012. 1st and 2nd seasons of the Saudi-French Archaeological Mission », Atlal 23

- Chevalier A., J. Schiettecatte, S. Tzortzis & E. Wermuth. « The Bronze and Iron Age funerary landscape in central Arabia », in M. Luciani (ed.) Archaeology of the Arabian Peninsula : Connecting the Evidence (Oriental and European Archaeology), Vienne : Austrian Academy of Sciences Press.