A réecouter sur France Culture : Ethiopie médiévale, l’énigme Lalibela
Episode du 11 septembre 2026 de l’ »Entretien archéologique » d’Antoine Beauchamp.
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Une christianisation précoce
Au tournant du premier millénaire de notre ère, le Royaume d’Aksoum, situé dans l’actuelle région du Tigré au nord de l’Ethiopie, est en plein essor. Les frontières du royaume s’étendent grâce aux campagnes militaires en Nubie voisine et jusqu’à l’Arabie du Sud. Culturellement, l’État s’affirme. Jusqu’alors, les langues pratiquées sur le territoire étaient le Sabéen et le Grec, qui vont laisser leur place au Guèze une nouvelle langue sémitique élaborée dans le royaume et qui en deviendra la langue officielle. Le Royaume commerce aussi activement avec ses voisins, qu’il s’agisse de l’Egypte de l’Empire romain ou byzantin. La ville d’Aksoum deviendra l’une des premières villes de la région à frapper sa propre monnaie.
Dans cette période de développement, Aksoum va entrer en contact, par l’intermédiaire des marchands, par voie terrestre ou par voie maritime en Mer Rouge, avec les premiers fidèles chrétiens. C’est au IVe siècle, que le roi Ezana I (325-356) est le premier à se convertir au christianisme. Cette conversion précoce se fait bien avant de nombreuses régions d’Europe, et va marquer tout le moyen-âge éthiopien, malgré la fin du royaume d’Aksoum au VIIe siècle.
La dynastie Zagwé (XIIe-XIIIe)
Cet héritage chrétien va être largement remobilisé par les rois de la dynastie Zagwé arrivant au pouvoir en Ethiopie à partir du XIIe. Cette dynastie souvent mise de côté par l’historiographie classique de l’Ethiopie au profit des royaumes d’Aksoum et Salomonide, est l’un des sujets d’étude majeurs de l’historienne et archéologue Marie-Laure Derat. Cette dynastie marginalisée se trouve être un élément central pour comprendre la continuité des pratiques chrétiennes sur le territoire éthiopien.
Qu’il s’agisse de leurs relations avec le patriarcat de l’Eglise copte d’Alexandrie, des cérémonies auxquelles ils participent (les rois se font oindre) ou des édifices religieux qu’ils ont laissés derrière eux, tout indique qu’il y avait un contexte propice au XIe siècle au développement d’une dynastie se revendiquant de l’église chrétienne. Plusieurs rois de la dynastie sont fait Saints après leurs morts, et les sites accueillant leur dépouille deviennent rapidement des lieux de pèlerinage importants, remplaçant même le pèlerinage jusqu’à Jérusalem.
L’archéologie du site de Lalibela
Le site archéologique le plus emblématique de cette région et cette période, mais aussi l’un des seuls, est le site exceptionnel de Lalibela. Composées d’un réseau de onze églises sculptées à même la roche, ces cavités abritent les dépouilles de plusieurs rois Zagwé dont notamment le roi ayant donné son nom au site, le roi Lalibela (1190-1225 environ). Lieu de pèlerinage lors des cérémonies en l’honneur de la naissance du roi, le 25 décembre et de sa mort le 19 juin, le site classé au patrimoine mondial de l’unesco depuis 1978 était jusque là assez peu documenté par les archéologues. La mission franco-éthiopienne co-dirigée par Claire Bosc-Tiessé et Marie-Laure Derat cherche depuis 2009 à percer les secrets du site.
En croisant les sources archéologiques du site et les sources écrites retrouvées, remontant au plus tard au XIIe siècle, l’évolution commence à se dessiner. Les archéologues ont pu mettre en évidence que des aménagements sculptés dans la roche précèdaient les églises de l’époque Zagwé. Plusieurs cavités ont donc été transformées en église au cours des travaux tandis que d’autres avaient comme vocation première la construction d’une église. Les archéologues ont aussi porté leur intérêt sur un grand monticule de déblais situé au cœur du site. Les premières fouilles du monticule informent les archéologues sur la chronologie des aménagements, réalisés en plusieurs étapes, mais aussi et surtout sur la présence de l’occupation antérieure au XIe siècle et à la dynastie Zagwé. Cette occupation intrigue particulièrement les archéologues qui cherchent à mieux documenter la période entre la fin du royaume d’Aksoum et le début de la dynastie Zagwé.
Ces fouilles encourageantes sont malheureusement à l’arrêt depuis 2020 à cause des différents conflits et guerres civiles dans la région. Aucune reprise des fouilles n’est prévue pour le moment.



