Le Lāristān, au centre des réseaux d’échanges entre l’Iran méridional, l’Arabie, l’Inde et la Chine
© Mohammad Salatini
Province de l’Iran méridional située sur l’axe Chiraz-Bandar ‘Abbās, le Lāristān appartient aux régions chaudes (garmsīrāt) du Fārs. Elles sont caractérisées par un climat chaud et humide sur les côtes, sec et torride à l’intérieur des terres. La ville de Lār, qui était une grosse place caravanière, fut le siège de la dynastie locale des Gurgīn-Milādī, qui font remonter leur généalogie à l’époque préislamique. Ces princes de Lār n’ont exercé un rôle politique important qu’à partir du XIIIe siècle, et ceci jusqu’au moment où les Safavides ont mis fin à leur pouvoir au début du XVIe siècle. Un document sino-mongol, daté de 1453, adressé à l’émir de Lār témoigne des relations du petit royaume avec la Chine. Au cours de son histoire, l’influence du Lāristān s’est étendue sur les régions avoisinantes, par conséquent ses limites naturelles ont été fluctuantes. Par ailleurs, le tracé des routes a beaucoup évolué en fonction des équilibres politiques entre les princes de Lār, les petits pouvoirs locaux et le pouvoir central, exercé depuis Chiraz, la capitale du Fārs. L’évolution du tracé des routes a déterminé l’essor et le déclin des villes car leur économie dépendait en grande partie des activités commerciales. L’économie du Lāristān était tournée vers les espaces maritimes de l’Arabie, de l’Inde et de la Chine, via le golfe Persique. Province iranienne orientée vers l’extérieur, le peuplement du Lāristān était très diversifié. À un vieux fonds iranien d’agriculteurs éleveurs sédentaires étaient périodiquement venus s’ajouter des groupes hétérogènes : Turkmènes, Arabes sur la côte et dans l’intérieur de la province, marchands indiens, les Banyans, qui jouaient un rôle économique de premier plan. Il y avait également une importante communauté de juifs dans plusieurs villes du Lāristān et à Ormuz. Lār fut un centre d’enseignement hébraïque, la ville a sans doute été le siège d’une école de scribes, traducteurs et copistes. Il existe des manuscrits en judéo-persan copiés à Lār au début du XVIIe siècle. À vrai dire, le Lāristān est un véritable laboratoire pour l’étude des réseaux d’échanges qui ont participé à la transformation des espaces et à l’évolution des composantes sociales.
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Cette région est longtemps restée terra incognita dans la bibliographie scientifique faute de sources disponibles. Au cours des vingt dernières années, de nombreux textes en persan et en arabe ont été découverts, dont la plupart sont encore manuscrits. Il s’agit de textes hagiographiques et de documents de waqf, conservés dans des bibliothèques privées, de documents de chancellerie (décrets et correspondances), de chroniques locales inédites, de monnaies et d’inscriptions lapidaires. Ces nouvelles sources persanes et arabes viennent s’ajouter aux très nombreux témoignages des Européens (voyageurs, archéologues, ambassadeurs, géographes, religieux, militaires, etc.) qui, à partir du XVIe siècle, ont parcouru la province.
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L’objectif de ce programme de recherche est d’étudier comment s’est structuré le Lāristān sur une longue durée, allant de la conquête arabe du territoire au début de l’islam, jusqu’à la conquête safavide. Plusieurs types de sources sont mobilisées à cet effet : ouvrages géographiques, récits hagiographiques, chroniques et récits de voyages. Les ouvrages biographiques sur les habitants de plusieurs villes du Lāristān (Bastak, Jahrum, Khunj, Lār), qui étaient des centres de vie intellectuelle et des villes importantes du point de vue commercial, nous informent sur la mobilité des habitants du Lāristān, notamment vers l’Inde et l’Arabie. Un recueil de documents de chancellerie, le Kanz al-ma‘ānī, composé par ‘Abd al-Karīm Nīmdihī (m. après 1501), originaire d’un petit village situé à la limite occidentale du Lāristān, vient compléter les sources biographiques. Comme de nombreux hommes de plume de l’Iran méridional, Nīmdihī alla tenter sa chance en Inde. Entré dans les services de la chancellerie du souverain bahmanide à Bidar, il fut remarqué par Maḥmūd Gāwān, un marchand originaire du Gīlān qui avait accédé au vizirat. Il prit Nīmdihī comme secrétaire particulier et lui confia la révision de ses lettres. Le Kanz al-ma‘ānī est constitué de cent trente-sept lettres dont cinquante-quatre sont des lettres écrites par Nīmdihī, d’après des notes dictées par Maḥmūd Gāwān. Ces lettres nous informent sur le rôle de plusieurs personnalités du Fārs, d’Ormuz et du Deccan dans la seconde moitié du XIVe siècle. Elles témoignent également des relations et des échanges soutenus entre le sultanat bahmanide et l’Iran. Enfin, les récits et les témoignages des Européens apportent des informations sur les différentes communautés ethniques et religieuses de la province. Les sources persanes sont en effet peu disertes sur les communautés non-musulmanes.



