Paysages fluviaux et dynamiques anthropiques : perspectives interdisciplinaires sur l’histoire environnementale de la vallée de la Moulouya (WADI)

Waterscapes and Anthropogenic Dynamics : Interdisciplinary perspectives on the environmental history of Moulouya valley

Description :

Bien que la Moulouya n’ait pas encore fait l’objet d’un programme de recherche spécifique, son étude remonte à l’époque coloniale, notamment au début du XXe siècle, dans un contexte marqué par l’établissement des protectorats français et espagnol. Les travaux de géographes comme René Raynal ont mis en lumière la mise en valeur du territoire, notamment avec la construction du barrage Mechra Hamadi (1955) et le développement de l’irrigation.

Les recherches récentes, bien que peu nombreuses et cloisonnées par discipline, couvrent l’histoire, l’archéologie, la géomorphologie et la géographie. En histoire, la Moulouya est souvent associée à son statut de frontière, tandis qu’en archéologie, des sites datant des époques antique et médiévale ont été identifiés, comme celui de Bouchih, abandonné au XIe siècle. Des études en géomorphologie ont également analysé les impacts des changements climatiques sur la vallée.

Méthodologie

La démarche est celle d’une histoire totale du fleuve croisant les disciplines pour étudier les interactions entre sociétés et environnement. Il mobilise des sources variées : textuelles (manuscrits arabes, archives coloniales), iconographiques, ethnographiques, paléoenvironnementales, archéologiques et architecturales.

Trois axes de recherche structurent le projet :

  1. Représentations et perceptions des zones humides.

La Moulouya est souvent perçue comme une frontière, représentation renforcée par les sources antiques et coloniales. Le projet propose de réévaluer ces discours à travers une analyse des sources textuelles et cartographiques, en interrogeant les rapports de pouvoir et les transformations sociales. D’autres représentations méritent aussi d’être interrogées : est-elle un espace de marge, ou au contraire un espace convoité, quel est le contrôle des pouvoirs centraux sur ces espaces ? Comment les populations qui l’habitent sont-elles représentées dans les chroniques ? Ce travail d’historicisation doit permettre de mieux comprendre ce qui se joue en termes de rapport de pouvoir et de transformations de l’ordre social.

  1. Dynamiques de peuplement, transformations anthropiques et changements climatiques.

Les dynamiques de peuplement tout au long de la Moulouya seront abordées sur le temps long en prenant en compte les différentiations selon les endroits de la vallée et la nature des groupes sociaux qui y habitent et en dépassant la dichotomie nomades/sédentaires. Il s’agira, à partir d’une relecture des sources écrites et de prospections archéologiques, de mieux saisir des phases de sédentarisation ou d’accroissement de la mobilité, d’éclairer les raisons liées à l’installation sur un site ou, inversement à son abandon et de documenter, si faire se peut, les mouvements de populations au cours du Moyen Âge et de l’époque moderne. La mise en valeur du sol et le mode d’occupation de l’espace diffèrent selon les contraintes géographiques, climatiques et les groupes sociaux qui les habitent, ces thématiques seront également au cœur de nos préoccupations.

  1. Usage et gestion des ressources, échanges et réseaux.

Ce volet du projet interroge les pratiques des groupes sociaux dans la gestion des ressources naturelles de la vallée de la Moulouya, en mettant l’accent sur les aménagements hydrauliques, l’agropastoralisme et les usages différenciés selon les écosystèmes. Plusieurs questions centrales émergent : le rôle écologique et économique du fleuve, les questions de mise en valeur des terres voisines du fleuve et les règles régissant l’accès aux ressources.

Cette approche vise à documenter la diversité des stratégies d’adaptation des sociétés locales, en fonction des contraintes et des opportunités offertes par chaque segment de la vallée.

La vallée de la Moulouya est également analysée comme un espace de mobilité et d’échanges. Plusieurs hypothèses seront explorées : le fleuve a-t-il constitué une barrière naturelle ou, au contraire, un couloir de circulation entre la Méditerranée et le Sahara ? Quels étaient les points de passage stratégiques, quel est son rôle dans les échanges commerciaux et les échanges entre les ports méditerranéens et les régions sahariennes ? Enfin, La présence de fortifications atteste d’un réseau défensif structuré dès le haut Moyen Âge, reflétant les rivalités entre dynasties. Ces infrastructures soulèvent des questions sur la pérennité des itinéraires et leur rôle dans la sécurisation des échanges.

Le projet pourra contribuer, aux renouvellements historiographiques sur les relations que les sociétés de l’Islam médiéval entretiennent avec leur environnement et plus particulièrement dans l’Occident islamique que ce soit en al-Andalus avec des travaux d’archéologie sur les fleuves, la gestion et l’usage des marais mais aussi les pratiques agropastorales dans les zones humides ou au Maghreb avec les programmes de recherche sur Rirha ou le « Middle Draa Project ».

Une journée d’études « État des lieux et nouvelles perspectives de recherches en histoire environnementale sur la Moulouya » a lieu le 25 novembre 2026 à l’université Paris-Est Créteil (UPEC). Elle constituera le véritable lancement du projet et permettra de définir plus concrètement les modalités de travail.