Colloque international « Les conceptions de l’innovation sous l’Empire romain »

Une opinion répandue veut que les Grecs et les Romains aient eu un point de vue négatif sur l’innovation, souvent désignée, en grec, par des termes péjoratifs comme καινοτομία ou καινουργία. Attachée au maintien des traditions, l’Antiquité gréco-romaine se présente ainsi comme éminemment conservatrice en matière d’idées, de doctrines et de pratiques, un point de vue exprimé par exemple dans le passage célèbre des Lois de Platon : « Ne pas changer ce qui ne peut être changé », μὴ κινεῖν τὰ ἀκίνητα (684e).

Pourtant, ce point de vue, largement documenté dans les textes, se heurte à la réalité des innovations dans tous les domaines (philosophie, médecine, droit, rhétorique, écriture de l’histoire, etc.). Cette contradiction conduit à deux questionnements :

  1. Le « nouveau » est-il vraiment si décrié que cela par les auteurs grecs et romains ? On rappellera que, si le latin ne dispose que du terme nouus pour nommer le nouveau, le Grec fait la distinction entre le νέος, le nouveau « récent », et le καινός, le nouveau « absolu », l’inédit. Faut-il distinguer une bonne et une mauvaise nouveauté ?
  2. Quelles sont les stratégies discursives qui permettent de justifier le fait de la nouveauté sur des bases intellectuelles conservatrices ? On sait qu’un des schèmes célèbres, illustré par exemple par l’exégèse des textes, consiste à dire que l’interprétation ne fait que « révéler » ou « déployer » un sens qui est déjà là, mais sans avoir été rendu visible. On cherchera à identifier d’autres discours de ce type.

Ce colloque, qui sera le premier d’une série de quatre rencontres consacrées aux regards portés sur l’innovation, mais aussi aux pratiques de l’innovation sous l’Empire romain (avec comme point de mire l’Antiquité tardive), portera pour commencer sur les discours consacrés au nouveau et à l’innovation. Il étudiera plusieurs traditions intellectuelles, afin d’identifier des convergences mais aussi des différences, et prendra en compte le monde « païen » mais aussi les auteurs juifs et les auteurs chrétiens.

 

Programme

08/12 (Sorbonne, 1 rue Victor Cousin, salle G073)

9h Introduction

9h15-10h

Anne Boiché (Université de Lausanne) : L’innovation chez Philon d’Alexandrie : entre condamnation des inventions humaines et célébration de la nouveauté divine

10h-10h45

Marco Donato (Université de Pise) : Regards sur l’innovation chez Plutarque de Chéronée

10h45-11h05 Pause

11h05-11h50

Joëlle Soler (Sorbonne Université) : Noua documenta : quelques réflexions sur l’innovation littéraire dans la Passion de Perpétue et Félicité

14h-14h45

Caroline Petit (University of Warwick) : Galien et l’innovation

14h45-15h30

Rémi Gounelle (Université de Strasbourg) : L’ancien et le nouveau dans le roman pseudo-clémentin

15h30-15h50 Pause

15h50-16h35

Benjamin Goldlust (Université Marie et Louis Pasteur, Besançon) : L’idée et le lexique de l’innovation chez un antiquaire païen, Macrobe

16h35-17h20

Zdravko Jovanovic (Orthodox Theological Faculty, University of Belgrade) : Innovation as Accusation: The Polemical Semantics of καινός in Athanasius’ Historia Arianorum

 

09/12 (salles des Actes)

9h-9h45

Gianluca Piscini (UMR 8167) : Pourquoi innover ? Explications de la καινοτομία aux premiers siècles de notre ère

9h45-10h30

Clémence Cuvellier (LEM) : Renaître ou restaurer, sous Justinien ? Statuts et ambivalences de la nouitas dans la Johannide de Corippe

10h30-10h50 Pause

10h50-11h35

Jérôme Lagouanère (Université de Montpellier) : La nouitas chez Augustin : essai de définition

11h35-12h20

Sébastien Morlet (Sorbonne Université / IUF) : Le « nouveau » chez Eusèbe de Césarée

14h30-15h15

Aurélien Laporte (Sorbonne Université) : Ancien style, œuvres nouvelles. L’innovation littéraire chez Synésios de Cyrène

15h15-16h

Marta Palai (Sorbonne Université) : Τί τὸ καινὸν τοῦτο περὶ ἐμὲ μυστήριον ; (Disc. 7, 23) Mystères chrétiens et langage de la nouveauté chez Grégoire de Nazianze

16h-16h20 Pause

16h20-17h05

Éric Pohlé (Institut catholique de Toulouse) :  La défense des pères « modernes » dans le cadre des Dialogues monastiques : la perception de l’innovation dans l’Occident latin (Ve-VIe s.)

17h05-17h20 Conclusions