Concordisme et harmonisation des idées sous l’Empire romain
Projet « Penser l’innovation à la fin de l’Antiquité »
Colloque n° 4 : Concordisme et harmonisation des idées sous l’Empire romain
Organisation : Sébastien Morlet
Lieu : Sorbonne Université
Date : juin 2028 (jours exacts à préciser)
Dans le cadre du projet IUF « Penser l’innovation à la fin de l’Antiquité », trois colloques seront organisés autour des pratiques de l’innovation. La question générale est de savoir comment, dans le domaine des idées, les auteurs créent du nouveau dans un cadre intellectuel qui reste foncièrement conservateur, c’est-à-dire hostile à l’innovation.
Le troisième champ étudié sera celui de l’harmonisation des idées. Ce phénomène a été particulièrement bien mis en lumière dans le domaine de la philosophie platonicienne à l’époque impériale. Sous l’impulsion d’Antiochus d’Ascalon, les platoniciens se questionnent sur l’accord de Platon avec Aristote et les stoïciens, et, après Plotin, les néoplatoniciens ouvrent la comparaison à Homère, Hésiode, Orphée, Pythagore et les Oracles chaldaïques. On a pris conscience, plus récemment, que ces attitudes concordistes étaient présentes également dans d’autres traditions lettrées de l’époque impériale (médecine, judaïsme, christianisme). Il s’agit d’un phénomène extrêmement répandu et quasiment constitutif de l’exégèse des textes à cette époque.
Le discours concordiste, qui suppose que différents auteurs, sur une toute une série de questions, disent la même chose, mais souvent sur un mode différent, présente un paradoxe fondamental. En apparence, il consiste à faire revenir au mêmedes textes différents, et il s’inscrit dans une perspective conservatrice, qui suppose que l’excellence des doctrines que l’on professe se fonde sur leur rattachement à des traditions anciennes et vénérables – ou bien, a contrario, comme c’est le cas dans l’hérésiologie chrétienne, il sert à disqualifier une doctrine par le procédé de l’amalgame. Mais, en réalité, le fait de rapprocher les textes permet souvent de formuler une idée nouvelle, ou bien qu’on cherche, par ce rapprochement, à la justifier a posteriori, ou bien que cette innovation soit le résultat de fait du rapprochement des textes – et ce résultat peut en théorie échapper à l’exégète. Quand ce phénomène se produit, le concordisme aboutit à l’harmonisation des idées.
On se questionnera sur les logiques profondes du discours concordiste et de l’harmonisation des idées, afin d’évaluer la place de ces phénomènes dans la production des idées à l’époque impériale, et surtout dans l’Antiquité tardive.
Les questions principales seront les suivantes :
- L’exégèse concordiste conduit-elle toujours à l’harmonisation des idées ?
- L’harmonisation des idées suppose-t-elle toujours une innovation dans le domaine doctrinal ?
- Le concordisme ou l’harmonisation sont-ils des discours ou des pratiques de justification de l’innovation ?
- L’innovation précède-t-elle l’harmonisation, ou en est-elle le résultat ? Ce résultat est-il toujours recherché par les exégètes, ou s’impose-t-il à eux malgré eux ?
- Existe-t-il, sur ces questions, des différences entre les « païens », les juifs et les chrétiens ?
Les propositions de communication peuvent être envoyées à sebastien.morlet@sorbonne-universite.fr avant le 15 octobre 2027.
Ce projet bénéficie d’un financement IUF et d’un financement du programme SPHINX.
Bibliographie selective
- E. Karamanolis, Plato and Aristotle in Agreement ? Platonists on Aristotle from Antiochus to Porphyry, Oxford, 2006.
- Hadot, Le Problème du néoplatonisme alexandrin : Hiéroclès et Simplicius, Paris, 1978.
- Hadot, « L’harmonie des philosophies de Plotin et d’Aristote selon Porphyre dans le commentaire de Dexippe sur les Catégories », dans Plotino e il neoplatonismo in Oriente e in Occidente, Atti del Convegno internazionale, 5-9 ottobre 1970, Roma, 1974, p. 31-47 (= P. Hadot, Plotin, Porphyre. Études néoplatoniciennes, Paris, 2010, p. 355-382).
- Morlet, Symphonia. La concorde des textes et des doctrines dans la littérature grecque jusqu’à Origène, Paris, Les Belles Lettres, 2019.
- D. Saffrey, « Accorder entre elles les traditions théologiques : une caractéristique du néoplatonisme athénien », dans E. P. Bos – P. A. Meijer (dir.), On Proclus and his Influence in Medieval Philosophy, Leiden – New York, 1992, p. 35-50.



