8e JCC – Violences plurielles dans les sociétés anciennes. Appel à communications
La 8e Journée Jeunes Chercheurs d’Orient et Méditerranée se tiendra le mardi 22 septembre 2026 dans les locaux du laboratoire à Villejuif.
Thème abordé : «Violences plurielles dans les sociétés anciennes en Orient et dans le monde méditerranéen du IVe millénaire avant notre ère au XVe siècle de notre ère. Regards et lectures croisés ».
Les candidat.e.s sont invité.e.s à compléter la fiche de renseignements et à l’adresser avant le 1er juillet 2026 à journeejeuneschercheursumr8167@gmail.com.
Appel à communications
En sciences humaines, l’étude des concepts complexes suppose une attention constante et rigoureuse aux cadres d’analyse. La notion de «violence» que nous plaçons au cœur de la 8e Journée Jeunes Chercheurs de l’Umr, incarne précisément ce type d’objet : polysémique, discutée et source d’ambiguïtés terminologiques, elle soulève d’importants enjeux méthodologiques et conceptuels.
Désignant à la fois des actes physiques, des rapports de dominations particuliers ou systémiques, des formes de contrainte institutionnelle ou encore des mécanismes plus insidieux de domination sociale, culturelle, morale, économique ou symbolique, la violence ne saurait être abordée de manière univoque. Elle oscille entre des manifestations explicitement observables et mesurables, et des formes plus diffuses, inscrites dans des normes sociales, religieuses ou culturelles.
Depuis les années 1990, ce thème occupe une place centrale dans les sciences humaines, bien qu’il ait longtemps été étudié principalement dans les sociétés occidentales à travers des prismes politiques ou militaires. Pourtant, il ne saurait être réduit à ces cadres habituels : il s’inscrit dans des contextes variés, qu’ils soient géographiques, sociaux ou culturels, et appelle des analyses adaptées à la diversité des époques et des sociétés. Il apparaît dès lors nécessaire de renouveler constamment les approches afin de saisir l’ampleur et la complexité de la violence dans ses multiples dimensions. Celle-ci se manifeste également dans des formes institutionnalisées, codifiées, parfois légitimées. S’interroger sur le rôle des discours religieux ou littéraires, ainsi que sur les rites, permet d’approfondir la réflexion sur la régulation et l’ancrage des violences au sein des différentes strates des sociétés anciennes. Par conséquent, il semble plus pertinent de parler des “violences” au pluriel, afin de rendre compte de la diversité des concepts et réalités qu’elles recouvrent.
Cette journée d’étude propose d’explorer cette polysémie, non comme un simple constat d’une diversité sémantique ou de pratiques, mais comme une exigence méthodologique majeure pour les sciences humaines. Alors que les travaux récents montrent que la violence ne peut être appréhendée par une seule grille analytique, tant elle recouvre des structures sociales, des normes symboliques et des cadres institutionnels variés, il devient nécessaire de décloisonner les approches pour penser les interactions entre pratiques, discours et régulations. Cette journée d’étude est ouverte aux doctorant.e.s de l’Umr 8167 mais également extérieurs à l’Umr travaillant sur l’Orient et le monde méditerranéen entre le IVe millénaire avant notre ère et le XVe siècle de notre ère. Cette période couvre les axes et domaines de recherches aussi variés que les mondes pharaoniques, sémitiques et byzantin, la médecine grecque, l’Antiquité classique et tardive, ainsi que l’Islam médiéval. Cette ouverture vise ainsi à déployer une analyse croisée afin d’interroger les significations et manifestations de la violence dans leurs contextes spécifiques. Elle mettra en regard des contextes rarement déployés dans un même espace de réflexion, afin de dépasser les cadres habituels et d’examiner les modalités selon lesquelles les violences ont été produites, représentées, mises en œuvre, régulées ou réprimées au sein de configurations sociales spécifiques.
Cette démarche n’a pas pour objectif de renouveler ce champ de recherche dans l’absolu, mais bien de promouvoir l’échange et la réflexion collective. En confrontant des approches méthodologiques et des cadres théoriques diversifiés, elle s’inscrit dans le prolongement des discussions scientifiques ouvertes lors des 7es Journées Jeunes Chercheurs consacrées aux évolutions de l’iconographie de la violence et de la brutalité. La rencontre vise ainsi à approfondir la compréhension de ce phénomène à la fois universel et néanmoins inscrit dans des configurations culturelles et historiques spécifiques.
Sans exclure d’autres approches, les jeunes chercheur·e·s sont encouragé·e·s à proposer des communications s’inscrivant dans l’un des axes suivants, qui orienteront les réflexions de la journée :
1. Dynamiques politiques et institutionnelles des violences à grande échelle
Les communications porteront sur les formes de violences impliquant des groupes sociaux étendus et s’inscrivant dans des dynamiques collectives. Généralement marquées par la volonté des gouvernements et des institutions, elles regroupent razzias, guerres, massacres, politiques de répression ou plus largement les formes institutionnalisées de domination et de contraintes plus symboliques (violences de genre, violences sociales…).
Une attention particulière sera accordée aux conditions de production, d’organisation et d’exercice de ces violences à grande échelle, ainsi qu’aux dispositifs qui les rendent possible et les encadrent.
2. Violences particulières et quotidiennes, des formes de violences ordinaires ?
Ce second axe s’intéresse aux formes de violence inscrites dans les interactions quotidiennes et les rapports sociaux de proximité. Il pourra notamment porter sur la criminalité, les conflits domestiques et intra-familiaux, les violences judiciaires ou sexuelles, les châtiments corporels, les rapports de dépendance ou encore les pratiques rituelles impliquant des formes de contrainte. L’objectif est d’analyser ces violences perçues comme ordinaires dans leur inscription sociale, normative et institutionnelle.
Souvent moins spectaculaires, les violences particulières concernent des actes interpersonnels ou localisés, inscrits dans des relations sociales ordinaires tels que la criminalité, les pratiques rituelles ou les situations de contrainte dans les relations de dépendance. Les communications pourront questionner les dispositifs mis en place pour encadrer, limiter ou sanctionner ces formes de violences.
3. Justifier, réguler ou dénoncer les violences : discours et représentations.
Derrière les actes, les violences ont été justifiées ou dénoncées par des mots, des idéologies, des lois. Que ces discours soient de nature politique, religieuse, sociale ou scientifique, ils aspirent à appuyer ou à contredire les manifestations et gestes violents. Une attention particulière pourra être portée aux dispositifs de justification, de régulation et de contrôle de ces violences, qu’ils soient juridiques, administratifs ou religieux.
Il s’agira notamment d’interroger les catégories par lesquelles les sociétés définissent et qualifient certaines pratiques comme violentes. Pourront être analysés les cadres interprétatifs mobilisés pour donner sens aux événements violents, notamment lorsqu’ils sont appréhendés comme l’expression d’un ordre supérieur, d’un châtiment divin, d’une colère de Dieu ou d’une sanction eschatologique, ainsi qu’aux usages politiques, religieux et sociaux de ces interprétations.
Les communications pourront ainsi porter sur les productions écrites, iconographiques et matérielles suscitées par les violences, contemporaines ou postérieures aux événements, et sur leur rôle dans la construction des mémoires et des interprétations.
Comité d’organisation:
- Clément Charles (Islam médiéval, univ. Paris 1 Panthéon Sorbonne)
- Chaymâ El Ouazzani (Islam médiéval, Sorbonne Université)
- Inès Keuter (EPHE-PSL, UMR8167, équipe Mondes sémitiques)
- Cassandre Lionnais (Mondes sémitiques, EPHE-PSL)
Comité scientifique:
- Maxime Durocher (Islam médiéval, Sorbonne Université)
- Iwona Gajda (Mondes sémitiques, CNRS)
- Maxime Petitjean (Antiquité classique et tardive, Sorbonne Université)
- Thomas Tanase (Islam médiéval, univ. Paris 1 – Panthéon Sorbonne)



