Décès d’Hélène Ahrweiler
C’est avec la même tristesse qui a saisi la communauté internationale des byzantinistes et tout un pays, la Grèce, que le Comité français des études byzantines annonce le décès d’Hélène Glykatzi-Ahrweiler, survenu le 16 février 2026 à Athènes.
De son parcours unique, dont les journaux en ce jour se font largement l’écho, on ne donnera que les traits saillants. Elle naît à Athènes dans une famille originaire d’Asie Mineure en 1926, et mène dans cette ville des études d’histoire et d’archéologie sous la direction de Dionysios Zakythinos. Elle rejoint Paris après guerre en 1953 comme boursière de l’État français et y rédige sa thèse d’histoire byzantine, qu’elle soutient en 1956. Elle intègre le CNRS puis devient en 1967 professeur en Sorbonne sur la chaire d’histoire byzantine de Charles Diehl, après le départ de Paul Lemerle au Collège de France. Œuvrant à la formation de l’Université Paris 1, elle en devient la présidente de 1976 à 1981, est nommée rectrice de l’Académie de Paris et chancelière des universités de Paris (1982-1989), et enfin présidente du Centre Pompidou (1989-1991). Le parcours de la femme publique est moins connu : d’une intelligence sociale très vive, elle suscita vite le respect et l’admiration du monde politique – dont plusieurs présidents de la République française – et du monde des arts et des lettres de l’autre. Telle photo publiée sur un site grec la montre entre Claude Pompidou et Simone Veil en compagnie de Konstantinos Karamanlis, Mireille Mathieu et Guy Béart, ou telle autre avec Jules Dassin, Christina Onassis et Mélina Mercouri.

Colloque international d’études byzantines, Oxford, 1966 © Collège de France (de gauche à droite, deux inconnus, Dionysios Zakythinos, Hélène Ahrweiler, James Howard Johnson, Georges Ostrogorsky, Hélène Kaplan)
Au-delà de ces traits institutionnels ou mondains, le CFEB voudrait plus particulièrement rendre hommage aux immenses services qu’Hélène Ahrweiler, ancienne membre de notre Comité, rendit aux études byzantines. D’abord par ses travaux : Recherches sur l’administration de l’Empire byzantin aux IXe-XIe siècles (1960), L’histoire et la géographie de la région de Smyrne entre les deux occupations turques (1081-1317) (1965), Byzance et la mer (1966), Études sur les structures administratives et sociales de Byzance (1971), L’idéologie politique de l’Empire byzantin (1975), Byzance, les pays et les territoires (1976), parmi d’autres. Sous le titre Εὐψυχία. Mélanges offerts à Hélène Ahrweiler, un hommage lui fut rendu en deux volumes par ses élèves en 1998. Elle dirigea par ailleurs de très nombreuses thèses, et nous relevons sans prétention à l’exhaustivité les noms de collègues l’ayant eu pour directrice de 1971 aux années 1990 et ayant fait carrière en France ou à l’étranger : Jean-Pierre Arrignon, Kyriaki Arseni-Pouskouleli, Fathi Bahri, Joëlle Beaucamp, Patricia Boisson-Chenorhokian, Boško I. Bojović, Isabelle Brousselle, Maria Cassiotou-Panayatopoulou, Georges Chalhoub, Jean-Claude Cheynet, Marie-Hélène Congourdeau, Pascal Culerrier, Gérard Dédéyan, Hadi Eid, Albert Failler, Maria Gerolymatou, Paris Gounaridis, Gisèle Hadji-Minaglou, Michel Kaplan, Niki Koutrakou, Vassiliki Kravari, Marina Loukaki, Télémaque Lounghis, Elisabeth Malamut, Léonidas Mavromatis, Sophia Mergiali-Sahas, Dumitru Nastase, Catherine Otten-Froux, Georges Tate, Svetlana Tomeković.
Enfin, elle suscita des vocations, créa des postes dans nos universités ou au CNRS, permettant à cette génération – étendue sur plus de 20 ans – de porter haut, et à sa suite, les couleurs d’une civilisation byzantine qu’elle ne cessa de promouvoir comme fondamentalement européenne. On la trouve dès 1964 chargée du Bulletin d’Information et de Coordination (BIC) de l’Association internationale des études byzantines (AIEB), aux côtés de deux aînés de 20 ans qu’elle s’était attachée par ses talents précoces, Paul Lemerle et son ancien professeur Dionysios Zakythinos. L’Europe fut l’un de ses combats, à la tête du Centre culturel européen de Delphes, ou en œuvrant pour l’éducation et la culture en participant aux travaux du Conseil de l’Europe. Et l’héritage de Byzance, en particulier en Europe du Sud-Est, était selon elle un ferment de l’unité européenne : « C’est cet héritage qui nourrit une mémoire commune entre les peuples balkaniques, même si chacun interprète à sa manière, et selon ses intérêts, le message transmis par cette mémoire » (2013).

Séminaire à Paris 1, après 1970 © kathimerini.gr
Pour tout cela, la gratitude de la communauté des byzantinistes est grande.
Pour le bureau du CFEB, ce 17 février 2026,
Olivier Delouis



