Îgîlîz - Pays des Arghen

Maroc

Localisation : 30° 5’24.53"N ; 8°27’20.48"O

Directeurs : J.-P. Van Staëvel (O&M-IM), A. Fili et A. Ettahiri ; 2004-2007 puis 2009-/

Le nouveau programme archéologique La Montagne d’Îgîlîz et le pays des Arghen s’inscrit dans la continuité d’une enquête menée au Maroc dans la région de Taroudant de 2004 à 2007.

Cette enquête initiale, intitulée Villages et sites-refuges du Sous et de la région d’Igherm (Anti-Atlas central) : géographie historique et reconnaissance archéologique dans le Sud marocain (resp. : J.-P. Van Staëvel, A. Fili) a consisté en une première approche de l’évolution du peuplement dans la partie centrale de la vallée du Sous et la zone de piémont des Atlas voisins, envisagée dans un temps long (XIe-XVIIIe siècles, les deux termes étant donnés a priori par les textes consultés). Il s’agissait pour l’essentiel de localiser précisément certains sites ayant joué, dans la zone envisagée, un rôle majeur dans l’organisation du peuplement médiéval et pré-moderne
Reposant d’une part sur l’exploitation d’une ample documentation textuelle et cartographique, et d’autre part sur les résultats d’un repérage in situ, cette reconnaissance archéologique a notamment abouti à l’identification et la localisation du site d’Îgîlîz (ou plus exactement d’« Îgîlîz-des-Hargha », du nom de la tribu berbère qui habite la région, les Arghen ou Hargha), qui est connu par les textes médiévaux pour avoir abrité le lieu de naissance d’Ibn Tûmart, futur Mahdî des Almohades, et le premier épicentre de la révolution unitariste prônée par ce personnage.

Le site semble avoir, du moins si l’on s’en tient au témoignage des chroniques, connu une occupation d’une ampleur maximale durant un temps fort bref, de 1121 à 1124-1125, arc chronologique qu’il convient néanmoins, selon des indices textuels sporadiques mais concordants, d’étendre plus largement vers l’aval et le courant de la seconde moitié du XIIe siècle. Une source beaucoup plus tardive, datant du début du XVIIIe siècle, indique qu’alors, le site paraît déjà déserté. Même si cette fourchette chronologique reste encore floue, on voit bien l’intérêt que peut représenter, dans le cadre d’une étude portant sur l’évolution du peuplement rural du Sud marocain, un site relativement bien documenté par les sources textuelles, et peu perturbé par des constructions d’époque tardive.

Débutée au printemps 2009, la fouille proprement dite a concerné en premier lieu les vestiges du site fortifié de hauteur : couplée à un relevé topographique général des structures (durant l’été 2008), une série de sondages devait permettre de préciser l’histoire et la durée d’occupation de plusieurs des vestiges principaux repérés dans cette zone (la muraille et sa porte, la mosquée, les citernes et les maisons). Déjà amorcée en 2006 puis 2007, une prospection systématique a eu pour objectif de préciser la nature de l’occupation humaine autour de la montagne, afin de vérifier notamment dans quelle mesure les établissements repérés sont bien contemporains du site fortifié, et comment ils s’inscrivent éventuellement dans une complémentarité fonctionnelle avec celui-ci. La redéfinition de l’occupation du secteur après l’abandon de la forteresse-refuge, ainsi que l’apparition des greniers collectifs, relèvent également d’un questionnement d’ensemble sur l’évolution socio-économique de la région entre la fin de l’époque médiévale et la période pré-moderne.

Inscrite au programme quadriennal de la Casa de Velázquez, bénéficiant d’un financement conjoint de celle-ci, de l’UMR 8167 et de l’UMR 5648, l’enquête sur La montagne d’Îgîlîz et le pays des Arghen doit donner lieu à l’établissement d’un accord de coopération entre l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP), la Direction du Patrimoine, l’Université d’El Jadida, la Casa de Velázquez et l’Université de Paris-Sorbonne. Il rassemble des universitaires marocains et français, des chercheurs de l’INSAP, des archéologues de l’INRAP.
Le programme comprend un volet de formation à la recherche, destiné à des étudiants marocains et français désireux de se spécialiser dans le domaine des études historiques sur le Maroc médiéval et pré-moderne