Qasr Shemamok - Kilizu

Qasr Shemamok, vue du Sud-Ouest








- Responsables
O. Rouault (Université Lyon2) et Maria Grazia Masetti-Rouault (EPHE, UMR 8167)

- Description de la mission
Plan du site, Mission italienne dirigée par G. FurlaniQasr Shemamok est un vaste site de la province autonome du Kurdistan irakien, proche du cœur de l’antique Assyrie, à environ 25 km au sud-ouest d’Erbil et 20 km à l’est de l’antique capitale de Kalakh-Nimrud. Il a été reconnu et rapidement exploré pour la première fois par les archéologues du milieu du 19ème siècle, l’anglais A.H. Layard et le français V. Place. Une seule campagne de fouille y a été menée en 1932 par G. Furlani.

Des textes cunéiformes trouvés déjà par Layard en ont permis l’identification avec la cité de Kilizu/Kakzu, connue par des documents cunéiformes provenant de plusieurs autres sites et attestant de son existence et de son importance particulièrement à l’époque néo-assyrienne : la ville est alors une importante métropole, siège d’une école scribale renommée, en concurrence avec celle d’Erbil/Arbèles.

Qasr Shemamok, vue aérienneLa documentation archéologique permet d’assurer que l’occupation remonte au Chalcolithique. Le site, d’environ 70 hectares (surface estimée de la ville intra muros au Fer II) est constitué d’un tell principal haut d’une vingtaine de mètres, associé à une importante ville basse, sans doute néo-assyrienne, particulièrement bien visible.

Vue aérienne de la citadelleLa continuité de l’occupation de ce site, qui semble avoir été important tout au long de l’histoire, est susceptible de nous fournir une séquence chronostratigraphique complète, essentielle pour reconstituer l’histoire de la région.
Les recherches pourront apporter de nouvelles données permettant de mieux comprendre les conditions qui ont permis la formation de l’empire assyrien, ainsi que les effets de sa gestion et de son administration, jusqu’à sa crise.
Nous avons constitué une équipe internationale pour réaliser un programme comportant sondages, fouilles, prospections archéologique, géomagnétique et géomorphologique de la région proche, et pour réaliser toutes les études annexes : anthropologie physique, paléobotanique, paysages, environnement naturel, production matérielle (céramologie, métallurgie, etc.) et épigraphique. Cette équipe réunit des chercheurs et des étudiants provenant d’institutions françaises, kurdes, irakiennes, mais aussi anglaises, espagnoles, italiennes, polonaises et tchèques.

La première mission, en 2011, a permis de mettre en place le carroyage général du tell, de commencer la prospection géomagnétique et d’obtenir une première évaluation de la stratigraphie et de l’occupation du site grâce à une longue tranchée sur sa face sud.

La rampe d'accès datée de Sennacherib, époque du Fer IILa campagne de 2012 a été mise à profit pour continuer ce programme, élargir les surfaces fouillées et les zones prospectées. Il est apparu que les occupations récentes étaient très structurées et marquées par la présence de grands bâtiments, d’époque sassanide et parthe. Ces niveaux scellent un habitat d’époque hellénistique/perse, constitué par contre surtout par des maisons, tandis que les phases plus anciennes, du Fer II, ont été lourdement marquées par le grand programme de restructuration de l’urbanisme mis en place par le roi Sennachérib (début du 7ème s. av. J.-C.). Les murs et la rampe en briques cuites bâtis à cette époque couvrent, dans la zone sud de l’acropole, des remblais riches en matériel, mais aussi des vestiges des niveaux médio-assyrienne et mitannienne.
La prospection des environs a montré que la région proche de Qasr Shemamok portait les marques d’occupations très anciennes et successives, avec une zone artisanale et industrielle située sur la rive nord de la rivière Shiwazor.

Le sol du palais du roi medio assyrien Adad nirari Ier époque du Bronze récent Element du sol du palais du roi

Les travaux de 2013 ont confirmé l’ampleur des constructions néo-assyriennes (9ème-7ème s. av. J.-C.), mais la fouille a aussi montré la très grande importance de l’occupation médio-assyrienne (14ème-13ème s. av. J.-C.) avec la découverte, dans les deux chantiers, À sur la pente sud du tell principal et B à l’angle nord-est. Les fouilles ont montré la présence de grands bâtiments sur le site à cette époque, et en particulier d’un palais, construit ou restauré par le roi Adad-nirari Ier dans le secteur ouest du chanter B.

Coupe, époque Ninive V, trouvée à l'extérieur de la « ville basse » Figure hellenistique femme et enfant Tete figurine QS01 prospectionLa dernière mission du quadriennal, en 2014, a permis d’entamer un travail de dégagement des constructions pour aller au-delà de l’étude stratigraphique et mettre au jour des contextes archéologiques clairs pour chaque période.
Le dégagement et l’étude de plusieurs bâtiments parthes et hellénistiques, dans les deux chantiers principaux, qui ont été poursuivis en 2016, permettent désormais d’envisager d’étudier, sur une surface importante, les niveaux plus anciens, néo et médio-assyriens, et de développer les recherches sur des niveaux encore plus anciens, en particulier d’époque mitannienne, attestés aussi par des textes cunéiformes.

En effet, si, pour des raisons de sécurité, en 2015 aucune activité de chantier n’a pu avoir lieu, deux missions ont été réalisées respectivement au musée d’Erbil et au musée de Bagdad.

  • La mission d’étude épigraphique au Musée d’Erbil a permis à l’équipe travaillant sur des textes provenant du site de mettre en évidence certains aspects de la structure politique et religieuse de la cité dans le contexte de la fédération politique mitannienne, donc avant l’occupation assyrienne.
  • Quant à la mission à Bagdad, elle était destinée à revoir la documentation de Qasr Shemamok provenant des fouilles de la mission italienne de 1932.

Après une mission d’étude géologique et géomorphologique sur le site en juin 2016, la campagne de fouilles de l’automne a été destinée en particulier à mettre en évidence les niveaux de l’âge du Bronze Récent d’où proviennent les textes de cette époque découverts hors fouille ou dans des contextes beaucoup plus récents. Ces niveaux ont été clairement identifiés dans le chantier A, tandis que dans le chantier B ce sont les restes de constructions néo-assyriennes et post-assyriennes qui ont été étudiées. Ces occupations documentent deux phases déterminantes dans l’évolution de la culture locale au Bronze Récent et à l’âge du Fer, celle de l’intégration dans l’empire médio-assyrien, alors en formation et, au Fer II-III, la période de crise et de désintégration de l’empire néo-assyrien.

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