Mission archéologique du Metn (Liban) : Ej-Jaouzé

Responsables : Lina Nacouzi (IFPO) et Dominique Pieri (Université Paris-1, UMR 8167)

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Fig. 1. Sarcophages byzantins à l’entrée du site


- Historique
La mission archéologique franco-libanaise d’Ej-Jaouzé (Metn, Liban) est l’aboutissement de prospections menées entre 2002 et 2004 centrées sur Ej-Jaouzé et sa région (Baskinta, Mamboukh, Ras el-Mrouj, Marjaba, Aïn el-Qabou, Zaarour, Bteghrine). Cette prospection a révélé notamment une nécropole à Marjaba, un petit établissement à Mamboukh, une fontaine avec dédicace à Ain el-Qabou, et une stèle funéraire inscrite à Bteghrine. Le relevé des vestiges au 1/20e fut effectué en 2003, accompagné d’un ramassage de céramique ; les premiers résultats en furent publiés dans la revue Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises (vol. 8, 2004). Les premières datations, basées sur l’expertise céramique, indiquaient une occupation de l’époque romaine et byzantine, avec un hiatus entre le 7e s. et le 12e s. Depuis 2012, une fouille de sauvetage, de quatre semaines annuellement, documente les différents secteurs et permet d’affiner la chronologie du site ; les prospections se poursuivent en parallèle. À partir de 2016, Lina Nacouzi et Dominique Pieri assurent la codirection de la mission qui est placée sous la tutelle de la Commission des fouilles du MAEDI.

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Fig. 3. Relevé photogrammétrique du secteur des bains

- Objectifs
Le site se situe à 1 400 m d’altitude, le long d’une ancienne route reliant Beyrouth à Damas. Il s’agit d’un habitat groupé qui s’étire en couronne autour d’une dépression centrale, sur 250 m N-S par 130 m ; un groupe de sarcophages et des carrières complètent la zone archéologique (Fig. 1). Ce village se compose d’une colline abritant des habitations et d’une ville basse dotée de bâtiments monumentaux et de dépendances. Un bâtiment particulier (A), en position centrale, rappelle par son appareil et ses dimensions un temple ou une église mais sa fonction reste à préciser (Fig. 2). C’est autour de ce bâtiment, qui semble la clé de l’installation du site qu’ont débuté les recherches. Les hypothèses qui justifieraient une installation à cet endroit de la montagne, incluent : un relais d’étape (mansio ou mutatio) avant le franchissement du col du Liban vers Damas ; un temple dans la mouvance du vaste programme d’édification de temples qui florissait encore lors de fermeture des temples païens à la fin du 4e s. ; lieu de culte chrétien jusqu’à la conquête musulmane.

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Fig. 4. Tombe byzantine (secteur K3)

- Résultats
Nos travaux ont pu mettre en évidence que le site abritait des thermes du de la fin du 6e et du 7e s. (Fig. 3). Ils ont montré par ailleurs que le village existait déjà au 5e s. comme l’indique plusieurs tombes byzantines (Fig. 4). La présence d’une église est manifeste par la quantité d’éléments de décor architectural de marbre (et de mosaïques), de tuiles (estampillées d’une croix et au nom d’un certain Maximos) [Fig. 5] ; la localisation du bâtiment de culte est en cours de recherche ; il doit se situer à proximité du bâtiment principal, si ce n’est le bâtiment lui-même. Les fouilles ont pu donner une date du début du 7e s. pour l’abandon de cette phase chrétienne.
Le site semble déserté pendant plusieurs siècles. Les nouveaux arrivants (entre le 10e et le 12e s.) transforment les lieux et y aménagent de petits ateliers sidérurgiques ; un four de réduction de minerai a été dégagé et les scories parsèment le site. La région est riche en minerai de fer (et en bois) et fut mentionnée comme telle par les géographes arabes médiévaux. Ce fer avait son importance dans le cadre du blocus économique exigé par la papauté vis-à-vis des pays musulmans. Aux 12e et 13e s., la montagne connaît des confessions variées, chrétiens au nord, chiites et druzes au centre et au sud. La région fut le théâtre d’expéditions militaires contre les chiites par le gouverneur de Damas et pour la sécuriser contre les menaces croisées (jusqu’en 1291, chute de la seigneurie de Beyrouth). Aux 14e-15e s., la région est devenue majoritairement sunnite. Une petite croix trouvée dans les niveaux médiévaux du site est à cet égard intéressante. Le site et sa région sont exploités jusqu’à l’époque moderne : la période ottomane est attestée (habitat, fréquentation, exploitation du fer et culture en terrasses pour toutes les productions fruitières, céréalières, vigne et olives). C’est désormais une zone de pâturage pour les chèvres.
Si le site a échappé aux sources historiques au point que son nom antique est inconnu, des voyageurs européens tels le diplomate Henri Guys (milieu du 19e s.) ou le frère Simon Vailhé (fin du 19e s.) ont visité le site et l’ont décrit, sans le dater ni l’analyser.

- Partenaires institutionnels : Ministère français des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) ; Laboratoire d’excellence « Religions et Sociétés dans le Monde Méditerranéen » (Labex RESMED) ; Institut Français du Proche-Orient (IFPO) ; Agence universitaire de la francophonie (AUF) ; CNRS UMR 8167 Monde byzantin ; Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1) ; Direction générale des antiquités du Liban (DGA) ; Université libanaise (UL).

- Historique de la mission

La Mission archéologique franco-libanaise d’Ej-Jaouzé (Metn, Liban) est l’aboutissment de prospections menées entre 2002 et 2004 centrées sur Ej-Jaouzé et sa région.
Les premières datations, basées sur l’expertise céramique, indiquaient une occupation de l’époque romaine et byzantine, avec un hiatus entre le 7e s. et le 12e s. Depuis 2012, une fouille de sauvetage, de quatre semaines annuellement, dirigée par Lina Nacouzi, documente les différents secteurs et permet d’affiner la chronologie du site. À partir de 2016, Lina Nacouzi et Dominique Pieri assurent la codirection de la mission.

- Le site se situe à 1 400 m d’altitude, le long d’une ancienne route reliant Beyrouth à Damas. C’est un village composé d’une colline abritant des habitations et d’une ville basse dotée de bâtiments monumentaux et de dépendances.

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Fig.2 Vue aérienne prise par drone de la « ville basse », avec le bâtiment central et ses alentours (les bains sont en bas à gauche)
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Fig. 5. Fragment de tuile estampillée au nom de Maximos

- Publications
Articles
• Alpi, Frédéric, « Ej-Jaouzé, fragment de tuile estampillée (M3-16) », Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises 8, 2004, p. 248-250.
• Alpi, Frédéric, « Appendice : note épigraphique sur la voûte inscrite de Aïn al-Qabou », dans La pioche et la plume : autour du Soudan, du Liban et de la Jordanie : hommages archéologiques à Patrice Lenoble, Vincent Rondot, Frédéric Alpi & François Villeneuve (dir.), Paris, 2011, p. 143-144.
• Nacouzi, Lina, « Ej-Jaouze (Metn, Liban). Mission de 2003 », Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises 8, 2004, p. 211-247.
• Nacouzi, Lina, « La source de Aïn el-Qabou (Metn), son inscription et les vestiges des environs », dans Vincent Rondot, Frédéric Alpi et François Villeneuve (dir.) La pioche et la plume : autour du Soudan, du Liban et de la Jordanie : hommages archéologiques à Patrice Lenoble, , Paris, 2011, p. 131-142.
• Nacouzi, Lina, et al. « Ej-Jaouzé (Metn). Rapport des travaux menés en 2012-2013 » avec les contributions de Dominique Pieri et Tania Zaven, Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises, 16, 2016 p. 131 - 192.
• Pieri, Dominique, « Note préliminaire sur la céramique d’Ej-Jaouzé », Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises, 8, 2004, p. 252-261.
• Pieri, Dominique, « Résultats préliminaires sur la céramique d’Ej-Jaouzé (2012-2013), Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises, 16, 2016 p. 163-186.

- Site web associé
http://www.ifporient.org/node/1815