Le négoce des Lieux saints

Le négoce des Lieux saints
- Philippe Pétriat
Paris, 2016


L’Arabie avant le pétrole, l’Arabie avant d’être saoudite, c’est l’Arabie animée par les grands marchands et le négoce international dont Djedda, port du pèlerinage à La Mecque, fut longtemps l’un des principaux centres. Ce livre retrace l’histoire d’une Arabie méconnue à travers le parcours de familles négociantes établies à Djedda dont le poids économique, des Bā Najā aux Bin Lādin, a profondément marqué le royaume saoudien. Entre 1850 et 1950, ces négociants originaires du Hadramaout ont adapté leurs stratégies économiques et leurs réseaux commerciaux au Hedjaz, en mer Rouge et dans l’océan Indien, à une série de bouleversements : la mondialisation et le développement de l’économie marchande avant le pétrole, les changements de régimes politiques et le passage de l’Empire ottoman aux frontières actuelles de la péninsule Arabique.

À travers l’histoire familiale de ces grands marchands et de l’économie de Djedda, ce livre propose une histoire élargie de l’Arabie contemporaine, du règne des sultans ottomans à celui des Saoud, et de la mer Rouge à l’océan Indien.

Sommaire
Introduction

Chapitre I — Faire du commerce à Djedda en 1850
1. Aux marges de l’Empire ottoman
a. Une principauté largement autonome
Une province aux marges de l’Empire
Le pouvoir des chérifs
b. Le retour dans l’Empire ottoman : révoltes locales, pouvoir central
Le contrôle ottoman : le rôle du vali
La révolte de 1855

2. Une plateforme commerciale entre l’océan Indien et l’Égypte
a. L’Inde et l’Indonésie : les grandes affaires et le pèlerinage
Le transport des pèlerins
Faraj Yusr, marchand indien et ottoman

b. Une exception de taille : les échanges équilibrés avec l’Égypte
Le poids continu du café dans les échanges avec Suez
L’installation des maisons grecques
Sava Moscoudi, marchand grec et ottoman

c. La mer Rouge, plus qu’un corridor entre l’océan Indien et la Méditerranée
Conclusion : Les marchands de la mer Rouge et l’essor du milieu du XIXe siècle

Chapitre II — 1858, l’émergence des marchands hadramis à Djedda
1. La fitna de Djedda
a. La ville et ses tensions
La place des consuls européens
Des factions urbaines : l’alliance avec le muḥtasib
Des factions urbaines : les divisions de l’élite négociante de Djedda

b. Une émeute polysémique : la mobilisation d’une population urbaine
Des récits aux sources : raconter et comprendre l’émeute
La foule des émeutiers
Le facteur religieux ?

2. Le rôle des grands marchands hadramis
a. Le pouvoir d’un groupe
Le rôle des structures urbaines : le développement des institutions municipales
Le rôle des structures urbaines : la corporation des tujjār
Le rôle des structures urbaines : les quartiers
Une notabilité politique et commerciale
Une clique
Des tiers entre la société urbaine et le commerce régional

b. Une « communauté » hadramie à Djedda ?
Le « cheikh des Hadramis »
Le šayḫ al-sāda

3. Conclusion
a. 1858, une révolte et sa conjoncture mondiale

b. L’émergence d’une notabilité particulière
Le rôle de l’émeute
Une conjoncture nouvelle

Chapitre III — Marchands de la mer Rouge à l’époque du canal de Suez
1. Le commerce avec l’Inde
a. Un port de l’océan Indien
Rythmes du pèlerinage et du commerce dans les années 1860-1870
Les marchands hadramis et les marchands indiens
La question du commerce des esclaves

b. L’essor des années 1850-1870
Les marchands hadramis de Djedda et la vapeur
L’exception des Saqqāf
La résilience occultée des réseaux commerciaux : cabotage et navigation à voile
Les grands traits du commerce djeddawi (années 1850-1870)

2. Le cadre ottoman
a. L’ottomanisation de la ville et des négociants
Les grands travaux
Les « messieurs » de Djedda : grandes maisons, grandes fonctions
La maison Bā Nāja
Les logiques de l’investissement immobilier

b. Fournir l’Empire
Contrats et contentieux

3. La crise des années 1880-1890
a. Une « crise » commerciale
L’évolution des échanges maritimes en mer Rouge

b. Les marchands restent à flot
Le pèlerinage comme bouée de sauvetage
Le recours à l’immobilier
Le maintien du commerce avec l’Inde
L’éviction des maisons européennes ?
Ce que l’on ne sait pas

4. Conclusion : La reprise des années 1900

Chapitre IV — Négocier les changements de régime
1. La fin des marchands ottomans
a. Les troubles de 1908
Les relations avec les fonctionnaires ottomans
Jeunes Turcs et marchands hadramis

b. L’époque de la monarchie hachémite
Le chérif Ḥusayn et les marchands
Le négoce de Djedda à l’époque de la Première Guerre mondiale
Le tournant de 1920
Les Hadramis dans le royaume chérifien : la communauté et son cheikh
Les Hadramis dans le royaume chérifien : le statut national des Hadramis

2. L’absence de 1925
a. Le siège de Djedda et les marchands au pouvoir
Le Parti national hedjazi et les factions de la notabilité djeddawie
L’état de siège (1925)

b. Où sont les Hadramis ?
Profil bas à Djedda
Aux côtés du chérif (pour un temps) : la milice hadramie et les Saqqāf de La Mecque
L’exil prudent sur l’autre bord de la mer Rouge
De nouveaux départs : Hodeïda, l’océan Indien et Djedda

3. Conclusion : Plasticités familiales

Chapitre V — Des familles marchandes et des familles de marchands
1. La famille et le réseau
a. Famille et réseau marchand
Communauté de noms et communauté familiale
Le lignage d’un bout à l’autre de la mer Rouge

b. Les parents et les autres
La proximité de l’affranchi
Le rôle des alliés et des partenaires

c. Les préférences matrimoniales
L’alliance entre familles et au sein de la famille
Mariages et orientation économique
Les marchands hadramis se mariaient-ils avec des Hadramies ?

2. Une gestion familiale des affaires
a. Des « dynasties » familiales
Des générations de marchands : la continuité des familles marchandes
Des générations de marchands : la postérité des marchands
Des générations de marchands : la formation des fils

b. Le rôle du patriarche (kabīr al-’ā’ila)
Le rôle des frères

c. Une šarika familiale
Waqfs et maintien du bayt
La šarika de la branche de Yūsuf Bā Nāja

3. Des familles de la diaspora hadramie ?
Le voyage d’un ’ālim hadrami
Le souvenir des origines

4. Conclusion : L’organisation de la maison marchande

Chapitre VI — Le temps saoudien
1. Le ralliement au roi ’Abd al-‘Azīz
a. Un roi endetté, des marchands prêteurs
Le maintien du pouvoir des marchands
Prêter au roi
Gérer la crise de 1929

b. Les troubles du Hedjaz
La mobilisation politique des Hedjazis en exil : le Ḥizb al-aḥrār al-ḥijāzī
Le commerce hadrami en mer Rouge dans la révolte de 1932

c. La « saoudisation » des marchands hadramis

2. Le sens du tournant pétrolier

a. La Seconde Guerre mondiale et la réorientation des échanges marchands
L’état d’un réseau négociant en 1946
La fin des grandes affaires avec l’Inde : la « paralysie » des importations
La fin des grandes affaires avec l’Inde : la réorientation des échanges
Les nouveaux visages de la notabilité négociante de Djedda

b. Le pétrole au secours des marchands ?
Une modification des rapports politiques

3. De l’époque des tujjār à celle des muqāwilūn (entrepreneurs)
a. A tale worth the telling : la success-story de Sālim Bin Maḥfūẓ
Un récit type de l’émigration hadramie
Le banquier du royaume
Une banque hadramie

b. Les entrepreneurs hadramis du royaume
Les entrepreneurs : Buqšān, Bin Lādin
Le cas de Muḥammad Bā Ḫašab « Bāšā »
Le notable « étranger » ?

4. Conclusion : La réorientation des migrations hadramies
De l’Empire ottoman à l’Arabie Saoudite, 1850-1950
Une histoire économique et familiale, 1850-1950